L’opinion publique a tendance à en perdre son latin avec toutes ces entités qui, ces dernières semaines, s’organisent parfois tant bien que mal, pour essayer de trouver une solution de sortie de crise face à l’enlisement de la transition.
Une petite explication sur le rôle des uns et des autres s’impose donc pour tenter d’y voir un peu plus clair.
Tout d’abord, on peut souligner que chacune de ces entités, qu’elles soient issues de la société civile ou d’organisations politiques, sont animées du même objectif - en tout cas sur la forme - c’est-à-dire de trouver, à travers des consultations, le dialogue et des négociations, les outils nécessaires à la concrétisation du processus de sortie de crise qui doit aboutir, dans les délais les plus brefs, à l’organisation d’élections présidentielles, point de départ de la « IVe république » tant souhaitée par tous.
S’agissant des motivations des uns et des autres, elles sont proportionnelles au nombre d’entités engagées dans le processus de sortie de crise. Comme nous allons le voir, c’est la multiplication de ces motivations qui constitue les principaux facteurs de blocage ou, tout du moins, d’atermoiement actuel.
Autre fait important, même si toutes les entités proclament à l’unisson que la solution de sortie de crise doit maintenant être du ressort exclusif des Malgaches, ce que l’on appelle communément « solution malgacho-malgache » ; La communauté internationale n’est pas totalement exclue et au contraire, participe activement au processus, à travers de nombreuses consultations réalisées auprès des leaders des principales entités qui composent l’échiquier sociopolitique malgache.
La communauté internationale est tellement impliquée si bien que parfois, il suffit d’une injonction de sa part, pour que certaines étapes du processus se débloquent comme par magie.
Un petit retour sur la chronologie des faits de ces dernières semaines, nous aidera également à mieux identifier et à comprendre les motivations de certaines entités qui finalement n’ont aucun intérêt à ce que le changement se concrétise, cela malgré le fait qu’elles proclament tout le contraire haut et fort.
Pour rappel, c’est donc la société civile qui, malgré quelques difficultés pour parler d’une même voix et d’agir à l’unisson, a pris l’initiative d’organiser des consultations que l’on peut qualifier de populaire au niveau des 119 districts. Notez que les autorités de la transition aiment à rappeler que ce sont elles qui ont proposé ce mécanisme de sortie de crise, tout en oubliant de reconnaitre et de dire que si aucune solution politique n’a aboutit au bout de 16 mois de crise, c’est qu’elles ont fait preuve d’une mentalité que l’on peut qualifier de « puérile » et également emprunte d’une bonne dose de lâcheté tout au long des nombreuses tentatives initiées par le GIC (Groupe International de Contact) et approuvées par toutes les parties et en premier lieu par la HAT (Haute Autorité de la Transition).
En réalité, les autorités de la transition n’ont donc pas d’autres choix, car plus elles manœuvrent pour tenter de s’éterniser au pouvoir, plus leur impopularité augmente, cela malgré les multiples tentatives consistant à incriminer telle ou telle entité, pour tenter de se dédouaner de ses propres turpitudes. L’entière responsabilité de tous ces échecs incombe donc à la HAT et à elle seule.
Les actions initiées par la société civile se sont donc finalement bien déroulées, en tout cas dans sa première étape qui consistait à collecter les propositions et les idées émises durant les rencontres organisées à travers les 119 districts (Dinika santatra). Il faut également rappeler que ce processus de consultation a, dans une certaine mesure, reçu le soutien de la communauté internationale, notamment de la part de Joachim Chissano qui, à l’issue de sa dernière visite, a encouragé et a apporté son appui au processus en cours. Les organisations de la société civile ont donc bénéficié d’une certaine légitimité non seulement sur le plan national, mais aussi sur le plan international.
Les organisations de la société civile ont donc annoncé que la prochaine étape consisterait à organiser la conférence nationale, mais qu’entre-temps, elles souhaitaient également rencontrer les organisations politiques, pour qu’elles fassent part de leurs propositions et de les intégrer aux nombreux débats qui devraient avoir lieu lors de la conférence nationale.
Le scénario de sortie de crise aurait pu prendre cette configuration et de continuer naturellement sur cette voie, si ce n’est que des « trouble-fête », rompus aux sabotages et à la réalisation de leurs petits intérêts, ne sont venus mettre leur grain de sel et de tenter de détourner l’essence même du processus en cours.
Ces trouble-fête ont pris la forme du « conclave des partis politiques » ou encore « espace de concertation des partis politiques », à la tête duquel manœuvre entre autres un certain Roland Ratsiraka.
Pour bien comprendre les motivations de ces gens, il faut savoir qu’ils bénéficient, pour bon nombre d’entre eux, d’attributions au sein de la HAT. D’autres y ont également participé, mais pour diverses raisons, ils ont depuis dû quitter leur poste et abandonner leurs privilèges.
Le processus de sortie de crise tel qu’il est entrain de se réaliser ne leur convient guère, car non seulement ils ont l’impression d’en être exclus, mais plus grave pour eux, les résolutions prises à l’issue de la conférence nationale, risquent de mettre prématurément un terme à leurs attributions mais également et surtout à leur activité favorite qui, comme tout monde le sait, ne consistent pas à gérer Madagascar, comme de combattre la misère et l’insécurité galopante, mais consiste essentiellement à piller les ressources naturelles du pays à travers de multiples trafics, comme ceux organisés autour du bois de rose, trafic juteux dont les médias ne cessent d’ailleurs de se faire l’écho ces derniers temps.
De plus, les « micro-partis » qui composent le « conclave » n’ont aucune envergure nationale, si bien qu’en cas d’élection présidentielle, il est quasiment certain qu’aucun des leaders de ces partis politiques n’a de chance d’être élu. C’est d’ailleurs pour cette même raison qu’ils continuent de réclamer et de vouloir imposer des législatives avant la présidentielle, car grâce au fait qu’ils détiennent les manettes du pouvoir, ils auront tout le loisir d’organiser de vastes fraudes électorales afin de faire élire les « pantins » qu’ils pourront ensuite manipuler à leur guise au sein de l’Assemblée nationale, dans le but par exemple de bloquer toutes lois d’amnistie, mécanisme permettant d’éliminer artificiellement certains candidats dont la popularité ne cesse pourtant de prendre de l’ampleur.
Le président de la HAT a bien tenté de réagir - en tout cas il a fait mine de le faire - pour tempérer cette nouvelle initiative. Toutefois, il apparait clairement affaiblit, pris au piège entre d’un côté les exigences et les pressions de la communauté internationale et de l’autre, l’obligation de se plier aux désidératas de ses alliés de circonstance, avec qui il a les pieds et les mains liés, complices et acteurs volontaires du pillage organisé de toutes les ressources naturelles dont dispose Madagascar.
On assiste donc actuellement à une espèce de hold-up, de prise d’otage. L’initiative du « conclave des partis politiques » n’est donc qu’un artifice de plus pour la ribambelle de « politiciens véreux », dont la seule motivation est de s’accrocher à ce pouvoir transitoire dont ils ont eux-mêmes définis les contours, les règles et les privilèges, depuis qu’ils se le sont accaparés dans les conditions que l’on sait.
Ils n’ont aucune intention, en tout cas pas dans l’immédiat, de rendre ce pouvoir, surtout pas au peuple qui dans ce cauchemar quotidien, continue d’être le « dindon de la farce » d’une poignée de pseudos politiciens dont la futilité et la cupidité le dispute à l’arrogance et à l’égoïsme primaire.
Le rôle de la communauté internationale est également ambigüe et ne participe pas à faciliter et à accélérer le processus de retour à l’ordre constitutionnel.
Les intérêts des uns et des autres ne sont finalement pas si différents, puisque généralement il s’agit de lorgner sur les immenses ressources naturelles dont disposent Madagascar (pétrole, minerais etc.). La différence se situe certainement dans la manière de se les accaparer, et à ce petit jeu, la Chine a pris une nette longueur d’avance.
La politique chinoise étant ce qu’elle est, elle ne s’embarrasse généralement pas du contexte politique, ni du sort réservé par les dirigeants locaux à la population. Dans le contexte malgache, leur pénétration a largement été favorisé par Marc Ravalomanana et ses anciens très proches collaborateurs, dont certains se sont empressés de rejoindre le camp d’en face au plus fort de la contestation. L’un des acteurs principaux du pillage actuel est Zazah Ramandimbiarison qui continue d’organiser, entre autres, la mainmise des multinationales chinoises sur les ressources naturelles de Madagascar, cela en toute quiétude et en dehors de tout contrôle. Sa relative discrétion n’en fait pas moins l’un des principaux pourvoyeurs de fonds de la HAT et l’un des principaux artisans de la politique d’exclusion du régime transitoire, cela avec l’aide de son pendant politique, Norbert Ratsirahonana.
Du point de vue financier, l’avenir de la HAT semble donc pour le moment assuré, même si les remous de la crise malgache commencent à faire des vagues même dans les plus hauts sommets des multinationales chinoises, notamment s’agissant de la société SUNPEC (engagée entre autres dans l’exploitation de pétrole sur le bloc 3113) qui a procédé à de nouvelles nominations après la démission du Dr HUI CHI MING de son poste de directeur exécutif et de président de la compagnie, qui pour rappel, avait également été nommé Consul honoraire de Madagascar à Hong Kong par Marc Ravalomanana, on l’imagine aisément, pour services rendus.
Le père du président de la HAT, Yves Roger Rajoelina, semble également avoir fait les frais de ces changements, puisqu’il a également dû démissionner de son poste de conseiller spécial à cause de son implication et de celui de son fils dans la crise politique actuelle.
Il n’empêche que les multiples débouchés offerts par la forte demande chinoise, qu’il s’agisse du pétrole, des minerais ou du bois de rose et de bien d’autres produits, continue de motiver au plus haut point tous ceux qui aujourd’hui sont les responsables de la débâcle de Madagascar. C’est d’ailleurs la seule motivation de se faire de l’argent facile, en dehors de tout contrôle, qui pousse nos pseudos politiciens à court-circuiter toutes initiatives visant à mettre rapidement un terme à la transition.
Ceux qui veulent à tout prix rallonger cette transition et qui en même temps manœuvrent pour l’intégrer, voire à créer de toutes pièces telle ou telle structure, n’ont d’autres idées que de profiter du système actuellement en place.
La Chine à travers ses multinationales a donc une lourde responsabilité dans la crise actuelle. Cependant, il suffirait que les plus hautes instances du gouvernement chinois mettent véritablement le « holà », pour que toute la stratégie de la HAT s’enraille et s’effondre, faute notamment de financements.
D’un autre côté, l’on parle également souvent de l’implication de la France. Historiquement, il n’y a rien d’étonnant à cela, car Madagascar garde des liens très fort avec ce pays, malgré l’épisode Ravalomanana qui avait quelque peu rendu la situation tendue. Que l’on dise que le président de la HAT a bénéficié d’un certain appui n’a également rien d’étonnant, toujours dû au fait des nombreuses contrariétés infligées par Marc Ravalomanana aux intérêts français.
Toutefois, la France n’a pas le poids financier de la Chine et à ce petit jeu, la diplomatie française doit se contenter des promesses de bonne conduite politique des uns et des autres, et quand l’on sait ce que valent ce genre de promesses face à l’opportunité de s’enrichir à grande vitesse, l’on s’imagine aisément que les responsables actuels s’amusent des conseils qu’on peut leur donner.
A vouloir trop souvent occulter l’un des aspects fondamentaux de la mentalité des principales éminences grises de la HAT - qui pour rappel sont des transfuges du régime de Marc Ravalomanana -, à savoir la cupidité, la duplicité et la xénophobie, la France semble n’avoir pas compris qu’elle a été manipulée, servant un temps de faire valoir au régime de transition pour essayer d’obtenir la reconnaissance internationale, alors que dans le même temps, ce même régime n’a jamais eu l’intention d’intégrer les standards mondiaux en terme de démocratie, et qu’en plus, fort de la caution morale de la France sur une possible reconnaissance internationale, les éminences grises se sont livrés et se livrent toujours au dépeçage des richesses du pays en n’oubliant pas également au passage de tromper certaines grandes sociétés étrangères sur la situation politique réelle du pays en terme de stabilité que ce soit à court, moyen ou long terme.
Cependant face à autant de mauvaise fois et de tromperie en tous genres et sans qu’il faille nécessairement intenter à la souveraineté de Madagascar, des solutions simples existes. Les grandes puissances doivent s’entendre un minimum sur l’attitude à adopter face à la situation de crise que traverse Madagascar. Ceux dont la tradition consiste à donner des conseils politiques, doivent élargir un peu plus le champ de leurs interlocuteurs, et d’arrêter de s’en remettre constamment aux mêmes « trublions », dont tout le monde sait qu’ils n’ont apporté que « rage et désespoir » dans l’histoire politique récente de Madagascar.
Quant à ceux dont la tradition consiste à se saisir de toutes les opportunités économiques, ils devraient mieux prendre en compte qu’une période d’instabilité politique n’est jamais le meilleur moment pour se lancer dans de gros investissements. Les promesses des dirigeants du moment quant à leur capacité à gérer une situation tendue et trouble, n’est pas une base suffisante pour garantir que leurs investissements seront pérennisés. Il vaut mieux demander aux actionnaires de patienter que de leur mentir sur la situation réelle d’un pays et finalement leur faire perdre les dividendes de leurs placements.
La suite des événements promet donc encore beaucoup d’incertitudes et de rebondissements. Il n’est pas sûr que les manœuvres du « conclave des partis politiques » aboutissent, car il est évident qu’ils se préparent une fois de plus à monopoliser le pouvoir à travers une pseudo solution de sortie de crise dont ils ont décidé de façon unilatérale les différentes étapes et surtout, les institutions qu’ils souhaitent voir mettre en place, dans le seul but de les phagocyter et d’en faire l’instrument de la réalisation de leurs intérêts politiques mais surtout financiers. La Rédaction
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