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L’esprit avec lequel fonctionne le champ politique malgache n’a pas beaucoup évolué depuis de belle lurette. Biens imprégnés dans les mœurs que ni les différentes modifications constitutionnelles ni l’alternance politique, successives n’avaient pu guère faire évoluer les habitus de nos élites.
Alors que les relations internationales évoluent en permanence et que ses enjeux sont de plus en plus complexes, la plate forme diplomatique malgache est restée sous les jougs totale de la présidence. Jusqu’aujourd’hui en 2008, les « Boss » s’imposent autant être écouté qu’à l’écoute, alors que dans la logique des choses, un large débat rationnel et républicain aussi bien dans l’espace que dans l’esprit aurait pu s’imposer au sein des acteurs de premier plan ce domaine. J’aurais rêvé du Président Marc Ravalomanana, au nom de la modernité, soi disant qu’il voulait incarner, des adaptations structurelles et des innovations des pratiques, ne seraient-ce que dans les manières de nommer et de révoquer nos personnels diplomatiques. Mais, mes rêves comme ceux des Malgaches, se sont traduits très vite en cauchemars car l’absolutisme princier règne plus que jamais dans l’arène politique et administratif malgache. Les réalités sociopolitiques ont pris des tournures impensables que les vielles pratiques politiques jadis décriées par les intellectuels, une fois aménagées et perfectionnées par les tiko boys, ont été applaudies et vénérées. C’est ainsi que la main mise progressive et exclusive des appareils étatiques par Marc Ravalomanana et consorts a fait son chemin. L’état d’humeurs du Prince pdg-Président fait autant valoir de lois divines et règles impériales dans les moindres rouages de la vie publique, économique, sociale, culturelle et diplomatique de notre nation.
Dispositions copiées et collées de la Constitution de l’ancienne métropole ; les affaires étrangères et la défense nationale sont attribuées comme domaines réservés du Président de la République. Certes, c’est un système moins conflictuel, mieux contrôlable et mieux contrôlé, mais l’histoire institutionnelle et diplomatique malgache a prouvé que ce système n’a pas permis au chef de l’État d’avoir des visions plus larges autres que celles des intérêts de son clan. Et quand François Mitterrand évoquait « l’expert, c’est moi », Marc Ravalomanana et ses prédécesseurs ont interprété au premier degré le sens de l’esprit d’origine de la constitution concernant ses attributions. Les Présidents successifs considéraient que leurs volontés en disent autant sur les affaires de l’État que les pertinences des avis des experts et ceux des forces vives qui composent de la nation. Résultats ; l’espace de débat au sein de la présidence reste à sens unique ; soit l’entourage n’ose pas donner son opinion au risque de désaccord avec le Président ; soit ses conseillers expriment leurs avis mais ne fut rarement écoutés. Et quand les rares fois le Président éprouve enfin la nécessité de consulter que les participants au débat ont une maigre chance de se faire entendre. Contrairement aux Etats-Unis ou les différentes composantes des administrations fédéraux et ceux des départements d’État se livrent à des controverses constructives, justement pour donner au Président un maximum possible d’éléments et de diagnostiques sur tels ou tels sujets.
Marc Ravalomanana n’a pas fait exception de ces pratiques coutumières et féodales des pouvoirs. Pire, il les a perfectionnés pour un seul et unique objectif : Fructifier ses affaires personnelles. Ainsi, à travers sa gestion personnalisée du personnel de l’État, la plate forme diplomatique repose sur le bon vouloir du Pdg Président. Il use les décrets comme source première de légalité. Ainsi, Marc Ravalomanana s’est bel et bien convertit au « Sultanisme » qui suivant la définition wébérienne, correspond à « une domination patrimoniale qui se veut principalement dans la sphère d’un arbitraire ». Les administrations sont gérées comme des domaines dans lequel l’attribution des positions et de pouvoir est laissée à l’appréciation du Président et dépend de la fidélité des prétendants. Comme le « sultanisme », son régime repose sur l’existence d’une direction administrative personnelle et sur un fonctionnariat qui exige un rapport de soumission. De par son organisation sectorielle, le staff présidentiel est une sorte de gouvernement bis. En fonction de l’opacité de son fonctionnement, elle est le lieu privilégié d’expérimentation de la personnalisation de l’activité politique. La répartition des postes en son sein repose sur un clientélisme qui accroît le poids des relations interpersonnelles, qui récuse le primat des compétences professionnelles permettant au Président de modifier le poids et influence du paysage politique du pays en fonction de ses propres intérêts.
Le « sultanisme » à la façon Marc Ravalomanana se distingue dans la stratégie présidentielle de mise en cause individuelle de ses proches collaborateurs et des hauts fonctionnaires, qui servent de boucs émissaires. Le Président utilise régulièrement des réunions publiques et/ou conseils des ministres, souvent médiatisées, pour prononcer un réquisitoire contre telle ou telle personnalité. Il arrive que ces réunions prennent l’allure de jugement publique, rappelant certains procédés de la période de la royauté et relevant d’une individualisation des pratiques politiques. Cet autoritarisme cherche surtout à isoler les élites politiques comme pour mieux les soumettre au chef de l’État. La co-dépendance directe antre les agents de l’Etat et le clan «tim tikoisé» est la seule forme d’allégeance possible. Pour légitimer le système, le Gotha du régime se réfère souvent avec la bénédiction de l’F.F.KM (Communauté des églises chrétienne malgache), d’une définition biaisée de la souveraineté nationale : « Nous avons créé un système efficace de gestion de l’État…et qu’elle est l’issu d’une volonté divine, populaire et nationale ». Ce faisant, qu’ils ont tenu compte des requêtes du peuple et de l’identité commune de la nation.
Le cas Ravalomanana n’est pas tout a fait une situation nouvelle dans l’histoire politique et institutionnelle malgache puisque tous les régimes post-colonial s’y sont tous illustrés mais de manières différentes. Mais tout de même, le sultanisme style Ravalomanana apparaît comme un nouveau cas d’école de gestion des affaires de l’Etat. Le régime de Marc Ravalomanana s’est plus approprié d’excès de dérives de pouvoirs qu’on n’a jamais pu constater auparavant. Le dogme ethno clientéliste bien orchestré par le clan tiko-tim est le principe dominant de désignation des hautes fonctions de l’Etat. L’attribution des titres de chef de mission diplomatique demeure l’apanage total du clan du Pdg Président. L’unique démarche, pour les « non affiliés » de devenir et garantir une place dans le sérail, c’est de laisser au dernier plan ses propres convictions, d’afficher une subite soumission et faire paraître une pseudo fidélité à son Excellence. Par conséquent, rares sont les fonctionnaires de carrières et d’expériences, tout en restant apolitique, qui parviennent à garder dans la durée, une position de pouvoir ascendante au sein du corps diplomatique malgache.
Depuis 2002, à l’image des nominations et révocations incessantes de nos ambassadeurs et consuls, l’arbitraire et l’autoritarisme restent les pratiques d’or de son Excellence Marc Ravalomanana. Un maigre pourcentage de ceux nommés récemment appartenait au corps pourvoyeur traditionnel des techniciens et cadres diplomates de carrière. Comme souvent, l’attribution des postes est en quelque sorte à connotations de « récompenses » pour service rendu au «boss». En observant les profils communs de nos consuls et Ambassadeurs, qu’ils soient à Port-Louis ou à St Denis, à Addis Abba ou à Juanesbourg, à Washington ou à Montréal, à Tokyo ou à Pékin, à Paris ou à Marseille, à Bruxelles ou à Bonn, à Genève ou à Rome…etc ; quand le pdg-président évoquait «..tout ce qui est bon pour moi est bon pour le pays, tout ce qui est bon pour Tiko et bon pour les malgaches…. » ; Ceci résume parfaitement la philosophie dominante de ces nominations ! À partir de là, comment se faire croire que les missions principales de ces gens vont véritablement dans le sens des intérêts de l’État ? Ces personnalités sont sans aucun doute des fidèles serviteurs du président, mais cette fois-ci, ils sont d’abord des serviteurs de l’ État « tiko-timisé ». Une fois en poste, il est quasi normal que ces serviteurs « tiko-timisés », se préoccupent davantage des intérêts personnels de celui qui les ont nommés. Bref, la primauté au clientélisme et aux gaspillages au détriment du pragmatisme, jubilent autant au sein du sérail diplomatique malgache et que ces vices continuent d’hypothéquer les intérêts nationaux. D’après les sources confidentielles de l’administration centrale, entre 2003-2007, la proportion moyenne des nouveaux venus au sein des cadres diplomatiques et consulaires avoisine les 70 à 80 % des récents affectations, tandis que le budget d’exercice entre cette même période a été multiplié par 1.85 à 2.5 points par rapport à l’année 1998-2002. Malgré le gouffre financier des finances publiques malgaches, déjà victimes de braderies ses propres biens et des folies de dépenses de ses nouveaux dirigeants, les coûts astronomiques amputés du budget de l’État pour chaque révocation et affectations des titulaires des postes accentuent les charges des dettes que chaque tête de malgache vont devoir rembourser, si tout va bien, jusqu’à l’âge de leur retraite.
Vu la manière actuelle de gérer la machine étatique malgache, tous les paramètres d’indices de dangers sont virés aux rouges, alors que ce Président avait tout pour réussir et faire gagner à l’ensemble des appareils de l’État une marge de manœuvre considérable dans l’accomplissement de leur mission respective. En s’écartant de nos valeurs nationales et républicaines, Marc Ravalomanana n’a fait que poursuivre et perfectionner de manière habile aux bénéfices de son business, les chemins les plus mauvais suivis par tous ses prédécesseurs. Obsédé par le verrouillage de ses « domaines réservés » et handicapé par l’isolement de vrais spécialistes, le Clan présidentiel n’a pas su ni définir les priorités réelles d’une politique étrangère, ni d’établir des diagnostics réalistes des atouts et faiblesses du pays. De plus, les contradictions d’interprétation clanique entre continuité de l’État et alternance politique par ces élites « affiliés » ont favorisé les confusions sur les perspectives diplomatiques. De ce fait, les motivations des nominations et des révocations décidées par Marc Ravalomanana présentent autant de zones d’ombres, de sens d’incohérences et de contenu que ses projets ne parviennent à peine à formuler une ligne directrice claire et nette bénéfique pour le pays. Ainsi, le Pdg Président Ravalomanana et son clan sont en grande partie responsables de toutes ces situations de désolations que les malgaches sont entrains de vivre aujourd’hui.
Tant que ce mécanisme centro-platonique autour du Président domine autant le champ politique malgache, les effets pervers du clanisme, continueront d’offrir des perspectives sombres à l’avenir du pays. Depuis l’indépendance, les principes et outils à dispositions de la présidence de la République en matière de diplomatie ont démontré que les présidents successifs n’étaient guère en mesure d’offrir à ce domaine le dynamisme qu’il exige. Nos compatriotes ont toujours l’impression que la politique étrangère officielle du pays se limite aux audiences accordées aux diverses personnalités étrangères aux palais, ou aux voyages fréquents à l’extérieur de des dirigeants politiques, économiques et artistiques. C’est pourquoi, les citoyens ont du mal à percevoir l’originalité majeure de la politique étrangère menée par leur Président.
Certes, le chef de l’État doit être l’incarnation légitime de la politique étrangère suivi par le pays, mais il n'a pas à monopoliser et à verrouiller à lui seul et son clan les débats et initiatives en la matière. Faute de quoi il assumera mal sa mission essentielle qui est d’orienter la politique générale et d’être le garant des règles et valeurs de la portée générale. Au bout du compte, après 5 ans d’exercice de pouvoir, la pauvreté des Malgaches est arrivée à un stade tel qu’on le constate aujourd’hui. On pourrait peut-être tenter de donner crédits aux hypothèses affirmant que deux ou trois mandats sont insuffisants pour pouvoir sentir les fruits de l’orientation politique menée par le régime, mais tout de même, le recours systématique à ce genre d’argumentation n’est-il pas un signe d’incohérences du régime par rapport à la réalité socio-économique du pays ! Et si par malédiction, Marc Ravalomanana décidera lui-même de prolongement de son mandat, j’ai hâte de voir sous quelles formes et à quel degré d’intensité se manifesteront les réactions des Malgaches ?
Pourtant, les grandes démocraties ne cessent de nous prouver qu’une alternance politique est parfaitement compatible avec les principes de continuité de l’État. Le vrai problème du leadership malgache est avant tout un problème d’éthique et/ou de repères de références historiques, sociales et culturelles communes. Les conceptions malgaches des « ray aman-dreny » en matières de sagesse restent unanimement des valeurs de références, garants de l’unité et de la stabilité de son organisation sociale et politique. Alors, pourquoi ces élites n’ont jamais pu s’inspirer de ces bons repères, pour les transposer dans nos moeurs de nos pratiques institutionnelles ? Les présidents successifs auraient dû se doter d’un véritable organe du type du C.A.P (Centre d’Analyse de Prévision) en France ou A.P.S (American Planning Staff’s) crée par G.Kennan aux États-Unis, qui peuvent très bien jouer les rôles de «ray aman-dreny» de la nation en matière diplomatique. Nos « sages » sont sûrement capables, avec la contribution des consultants nationaux et étrangers, chercheurs, militaires, journalistes, de mener des réflexions de l’administration sur le monde extérieur. Si un tel organe avait pu voir le jour, il aura constitué naturellement un pouvoir d’équilibre vis-à-vis du Chef de l’État dans ses prises de décisions (options stratégiques, nominations, etc.…) sur les questions diplomatiques. Plus sa composition reflète l’unité et la diversité de la nation, plus son rôle est efficace et moins le Chef de l’État est isolé qu’il ne pourra plus verrouiller pour lui ou pour son clan cette plate forme.
Bref, les principes de « Checks and Balances » des pouvoirs n’ont jamais pu s’inscrire dans la culture politique de la majorité gouvernante en charge du destiné de notre pays, c’est pourquoi, la logique des clans continue autant d’influencer les habitus de bon nombre d’élites malgaches. Contrairement aux idées reçues, ce n’est ni un concours de hasard, ni un accident de parcours politique que les membres du régime Ravalomanana se renferment dans une sphère d’excès d’absolutisme intellectuel et fonctionnel quand à leurs manières de pratiquer les pouvoirs. Le fait que tous les Présidents malgache ont toujours confisqué de manière abusive et autoritaire cette plate forme des affaires étrangères est les conséquences logiques de la déviation clanique des interprétations pratiques des dispositions constitutionnelles. Il en est une stupidité intellectuelle incroyable et insultes au Gaullisme d’interpréter l’esprit du Général de Gaulle sur cette notion de « domaines réservés » équivalente aux «propriétés privées du Président». Ce sont les contextes sociaux et politiques malgaches qui ont produit cette interprétation manipulée pour qu’un clan puisse garder la main mise exclusive des appareils prestigieux et stratégiques de l’Etat.
En réalité, aucun des régimes successifs n’a pu tenir et respecter l’esprit d’origine de la fonction présidentielle malgache tel qu’il est inscrit dans les textes constitutionnels, justement a cause de la persistance dans l’esprit des institutions malgaches de cette permanence d’interprétation biaisée des pratiques constitutionnelles. À l’époque ou Madagascar était encore un royaume, dans un but de maintenir toutes ses prestiges et toute son influence sur le détenteur du poste de chef suprême (le roi), les élites merina, seules couches sociales instruites, ont élaborés à leur gré une permanence d’interprétation coutumière de l’exercice des pouvoirs. Puis, à l’approche de l’indépendance, les descendants de ces mêmes élites qui avaient la charge de rédiger la 1ère constitution malgache, étaient de nouveau en position confortable d’imposer toutes leurs influences quand à la traduction pratique des différentes attributions de pouvoirs écrites dans cette nouvelle constitution. Par conséquent, cette permanence d’interprétation est devenue coutumière que la fonction du Chef d’État a conservée les mêmes portées symboliques, politiques et territoriaux semblables à que celles du Roi Andrianampoinimerina. C’est-à-dire une autorité divine et étendue sur tout le territoire, qui met en évidence la grandeur et la supériorité légitime et naturelle d’une ethnie sur les autres. À vrai dire, l’héritage de ce dogme centro-ethnique du pouvoir, ainsi que ses traductions pratiques jusqu’à l’extrême durant le 20ème et 21ème Siècles sont les vraies sources des dérives et d’aberrations présidentielles telles qu’on les constate aujourd’hui.
En observant l’extrait de discours de Ravalomanana dixit : « Faisons des prières, qui nous a fait défaut et nous a empêché jusque là d’avoir une vie meilleure» ; deux constats émergent pour expliquer la situation politico sociale actuelle : D’abord, l’ampleur de la gravité de la situation socio-économique est tellement flagrante que les schèmes populistes à caractère religieux véhiculés par le régime lui servent d’outils de propagandes pour mieux camoufler ses véritables visages. Ensuite, le plus inquiétant c’est la confirmation de l’implication dans la vie politique malgache du fondamentalisme confessionnel. Et si les contextes socio politico-religieux nous ont entraîné autant dans des indifférences conscientes ou inconscientes, la gravité de la réalité d’aujourd’hui est plus qu’opportune pour tirer la sonnette d’alarme car un radicalisme politico-religieux version Ravalomanana est de retour et s’est de nouveau immiscé dangereusement au cœur des appareils de l’État. Cette pratique politicienne et sans scrupule consiste à étendre le monopole confessionnel du clan pour mieux maîtriser, contrôler et développer ses influences sur tous les niveaux de la société. En maîtrisant la sphère confessionnelle pour la traduire ensuite en outils politiques, le régime espère ainsi bénéficier à long terme d’une assise politique solide et d’une légitimité sans faille vis-à-vis des élites et de la population d’Antananarivo, en majorité chrétien pratiquants. Comme le Roi de l’Imerina de l’époque, Marc Ravalomanana a réintroduit intentionnellement dans son système le mélange de cette sphère étatique avec celle de la religion. Il a bafoué ainsi les principes de la laïcité de l’État. De par son pseudo référendum, en s’autorisant l’effacement dans la Constitution de notre République les articles stipulants la séparation de la sphère religieux avec la sphère étatique, Marc Ravalomanana et son clan n’avaient dans leurs stratégies que des buts purement politiques et partisans. En agissant ainsi, le régime Ravalomanana a atteint un stade de paroxysme le plus délirant du sultanisme monothéiste. Si on transpose cette manoeuvre dans le domaine des affaires étrangères, il n’est plus exclu (si ce n’est déjà le cas) de voir parmi nos cadres diplomates, des serviteurs nommés, non plus à partir des critères timisés ou tokisés, mais également à partir des critères d’appartenance confessionnelle de l’individu au clan régnant.
Afin d’éviter la reproduction des mêmes erreurs et prévenir les dangers de ce type de pratique ; rappelons-nous (car la mémoire collective est trop souvent courte) des situations désastreuses laissées par la Haute Autorité de l’Etat (H.A.E) durant la transition politique au début des années 90, quand Monsieur Max RAZAFIMANANTOANINA a occupé le poste politique et stratégique de secrétaire général de cette institution. Il a été désigné à ce poste, non pas pour ses compétences, mais surtout par l’influence morale de l’F.F.K.M sur le microcosme sociopolitique de moment. Résultats : les bénédictions divines et diverses prières n’ont rien pu faire face aux dégâts collatéraux de ses gestions catastrophiques des affaires nationaux. Aujourd’hui même, les Malgaches payent encore les effets économiques et politiques de cette stupide façon de recrutement des hauts responsables étatiques. Certes, la particularité contextuelle pendant laquelle s’est déroulée cet événement est unique dans son genre, mais celle-ci ne nous empêche pas de fustiger avec force et convictions les effets regrettables de l’implication non modérée en politique de la sphère religieuse. Les évènements semblables, observés partout dans le monde (France du 3ème République, l’Irlande, Indonésie, Liban, Iran, Afghanistan, Haïti, Algérie, Soudan …etc.) devront nous servir de leçons. Trop de mélanges de la sphère confessionnelle avec la sphère politique est non seulement des purs manœuvres politiciens, mais surtout une manière pour un clan de dénaturer les fondements sociaux de la nation dans un but d’assoire convenablement sa prédominance et ses influences sur l’ensemble des appareils étatiques.
Alors quelles solutions ? Comment sortir de ces engrenages à répétions ? Par où commencer ? Faut-il toujours attendre que les « Princes » misent sur le changement pour espérer une petite touche d’aménagements du système ? Comme souvent, quand les politiques optent pour le statu quo, la réponse est plus que jamais affirmative. De manière caricaturale, le moment où «son excellence» écoute plus qu’être écouter, que les participants au débat auront une chance de se faire entendre et espérer une tendance qui leur offrira un espace plus favorable et une image plus respectable vis avis de ses concitoyens. Le champ politique malgache a réellement besoin d’une révolution de sphère de l’esprit qu’il ne faut pas confondre avec une révolution culturelle.
Si on veut sincèrement entamer un début de processus de changements des moeurs et d’éthique politique, des travaux d’examen de la conscience nationale, en parallèle avec la consolidation de notre jeune fragile démocratie, s’imposent à tous et à tous les niveaux. Nos devrions nous rendre à l’évidence que tout système politique produit lui-même au fil de son existence ses propres limites et lacunes. Donc, même avec toute la bonne volonté du monde, il est utopique de pouvoir prendre en compte et d’anticiper les ajustements nécessaires devant des situations nouvelles sans la présence en son sein, des éléments, des outils pré établis pour fonctionner différemment que le sens commun. Deux têtes valent mieux qu’une, donc, c’est dans la diversité et dans l’unité nationale que les débats trouveront ses richesses, l’espace et le dynamisme nécessaires pour optimiser leurs portés. La pensée unique est plus que jamais incompatible avec la conception républicaine et pragmatique de gestion des affaires publiques. C’est l’une des conditions sine qua non qui garantira aux acteurs politiques d’une meilleure visibilité par le grand-public de leurs actions. Une diplomatie « dynamique » restera un discours-slogan tant que le clanisme ou le sultanisme continue de formater cette plate-forme. Une bonne gouvernance des appareils diplomatiques exige de la part de ses membres d’une part un minimum d’éthique et du sens de l’État, et de l’autre, un maximum de pragmatisme, une totale liberté de pensée et d’innovations méthodologiques permanentes. Tant que ces éléments, uniques outils et principes qui servent à équilibrer le pouvoir et seuls capables de penser l’impensable restent marginalisé au sein des cercles décisionnels, l’orthodoxie dogmatique et la rigidité hiérarchique du système continueront de constituer des facteurs de fragilité des appareils étatiques.
Il est vrai que changer les mœurs demeure un processus complexe et de longue haleine surtout dans un cadre aussi étendu que l’exercice des pouvoirs. Vu que le modèle d’éthique d’un individu est essentiellement façonné par l’environnement au sein duquel le collectif l’a socialisé ; une révolution dans la sphère de l’esprit est inaccessible tant que la société malgache elle-même, du moins une partie, n’est pas convaincu que le verrouillage du système par une couche sociale particulière détruit les principes et règles collectives de vouloir vivre de la nation. Autrement dit, par rapport aux héritages et valeurs communes de la société, une main mise totale d’un groupe social des principaux leviers de l’Etat, entraîne forcement des déviations de sens des intérêts nationaux. Le pire c’est de voire une réécriture biaisée de l’histoire et des héritages communs de tout un peuple, qui sont les fondements de bases mêmes des contrats sociaux. Sur le plan politique, Ceci se manifeste souvent dans l’absolutisme et le clientélisme du régime ; verrouillage d’un groupe de tous les libertés fondamentaux : une seule partie qui domine les institutions de la république ; inexistence des partis d’opposition…etc.
Bien évidement, une alternance politique peut être un vecteur favorable des conditions politiques et sociales des changements en profondeur de l’éthique et morale en politique. L’avènement de Marc Ravalomanana aurait pu être une opportunité historique qui aurait pu offrir à l’espace politique malgache, un chemin pacifique vers un processus de changements de mœurs et d’éthique en politique. Ce rendez-vous manqué avec son histoire aurait pu procurer à la nation malgache, vis-à-vis de ses partenaires internationaux, l‘image d’un pays uni et dynamique prêt à prendre en main tous les défis nécessaires pour son développement. Mais, une fois la légitimité acquise, le clan Ravalomanana a usé de ses pouvoirs politiques, économiques, judiciaires, pour servir et défendre ses propres intérêts. Les nouveaux responsables politiques ont traduit leurs positions de pouvoir en un statu de pouvoir similaire à celui des Princes autocratiques ; seuls dépositaires absolus de tous les Droits et Pouvoirs légitimes dans la gestion des affaires publics, seule autorité acceptable et acceptée pour penser les intérêts collectifs et l’unité des malgaches.
Alors que ses limites d’incompatibilités avec les intérêts nationaux s’expriment de manière flagrante à travers les multiples dysfonctionnements du champ politique malgache, le modèle d’Etat Jacobin continue de fasciner bon nombre non négligeable de nos élites et subsiste autant dans le modelage de l’éthique et mœurs de nos personnels politiques. J’ai essayé de démontrer tout au long de mes réflexions que l’environnement politique et doctrinal au sein duquel les acteurs évoluent n’est pas sans conséquent sur les comportements politiques et sociales des hommes. Il est loin de mes pensées d’affirmer que le dogme d’État centralisé style tiko-timisé est le seul sources de nos maux d’aujourd’hui, puisque j’ai essayé de prouver que tout au long de son histoire, notre système a produit que c’est plus l’orthodoxie doctrinale du régime en place qui conditionne et influe l’éthique morale en politique des acteurs étatiques. C’est pourquoi, l’absence flagrante courante d’honnêteté intellectuelle et de convictions politiques chez bon nombre d’acteurs politiques malgaches ne devrait plus être interprété comme des réflexes de caméléon volontaires, mais plutôt le fruit de son intégration au sein de l’état d’esprit dominant du moment. Prenons un cas qui est loin d’être isolé ; lorsqu’un ancien opposant politique de l’ex Président Didier Ratsiraka, une personnalité reconnue comme «citoyen avertit» en matière diplomatique et affaires internationaux, devenu partisan fervent de Marc Ravalomanana, est invité à s’exprimer sur la façon actuelle de gère les affaires diplomatiques ; son discours est curieusement tendancieux et approbatif vis-à-vis du clan Ravalomanana alors même que les principes et pratiques de ce dernier sont pires que celles de l’ancien régime. Autrement dit, cette catégorie type d’intellectuel a plus manié habillement son hypocrisie intellectuelle pour valoriser son appartenance au clan tiko-timisé que de donner des constats justes et objectifs sur le sujet.
Nous savons maintenant pourquoi la classe dirigeante malgache, n’a jamais pu/voulu introduire les principes d’équilibre de pouvoirs dans l’esprit de nos institutions. Désormais, nous ne pouvons plus ignorer à quel point la main mise permanente de tous les leviers des pouvoirs par un clan quel qu’il soit a non seulement mis en péril l’équilibre de l’unité nationale, mais elle a aussi hypothéquer sérieusement l’avenir et le développement du pays.
Comme tous les types de « clientélisme », nous avons vu que le « sultanisme » style Ravalomanana évoque plutôt des problèmes d’ordre doctrinal et clanique que des lacunes d’offres politiques. Puisque la prépondérance de l’environnement politique sur les mœurs et éthique des hommes reste inéluctable, alors, ne nous trompons plus de méthodologies. Les problématiques des maux qui sapent le système politique malgache ne devraient plus être posés essentiellement sur les affiliations politiques et compétences intellectuelles des acteurs, mais nous devrions désormais inclure dans nos diagnostiques l’environnement historique et doctrinal qui influe l’ensemble du champ politique. Bref, le vrai défi qui nous attend c’est d’ouvrir plusieurs chantiers de réflexions tels que ; sur la façon de gouverner et d’exercer les pouvoirs politiques ; sur les questions d’ordre moral et éthique ; sur la définition de la nation malgache elle-même ; sur un mémorandum lucide de notre histoire politique et sociale.
Tous les Malgaches sont unanimement conscients que la modernisation de la vie politique, des fonctionnements de l’État, ainsi que les services diplomatiques sont indéniables. Mais quand l’occasion se présente, par exemple en intronisant le président Marc Ravalomanana, beaucoup se sont faits bernés par des discours populistes bien rodés par la communication et techniques modernes de propagandes. Depuis 2002, alors que la majorité des malgaches s’est résigné et s’enfonce de plus en plus dans la pauvreté et dans la misère, la classe dirigeante, sois disant au nom du prix de la démocratie et des positions de pouvoir qu’elle occupe, se permet d’avantage sans regrets et sans moralité de s’octroyer plus de signes symboliques et prestigieux distinctifs des pouvoirs, évidements assurés par les fonds publics. Comme tout régime autocratique, les trains de vie des dirigeants politiques comme les entretiens physiques (honneurs princiers, soins médicaux à l’étranger, personnels domestiques, etc.…) et entretiens matériels (amour du luxe, rémunérations confortables, palais, voitures de fonction, 4x4, avions, etc...), apparaissent toujours disproportionnées par rapport aux conditions de survie de la majorité de la population.
Bref, le mal malgache est avant tout constitué par des mœurs politiques qui prennent ses sources dans une vision élitiste du pouvoir et de l’État. Dès qu’il s’agit d’agir, se dresse aussitôt cette obsession grandissante d’un clan de vouloir monopoliser les intérêts et les profits. Il ne s’agit pas seulement d’une illusion entretenue par une classe dirigeante arrogante, mais d’une notion à laquelle adhèrent toujours un bon nombre de citoyens malgaches. Madagascar n’a pas un destin maudit et la solution n’est pas seulement de critiquer les autres, mais nous devrions humblement se saisir de nous-mêmes. Vu que toutes les conditions sont aujourd’hui réunies et je suis convaincu que l’ensemble du corps social est prêt à remettre en question de façon lucide les habitus coutumiers de la classe politique malgache. Cette génération de classe politique avec les militaires ou de société civile qui croyait depuis toujours faire mieux que ses prédécesseurs et qui ont entraîné la nation dans des aventures politico révolutionnaires, souvent tachés de sang et économiquement désastreuses. Parce qu’ils n’ont jamais pu tenir compte des origines profondes des problèmes de notre système politique. Les Malgaches, de façon inconsciente, ont été entraînés par cette dernière vers des raccourcis politiques souvent trompeurs ; c’est-à-dire choisir à tout pris une tête, un profil charismatique, soi disant neuf (olom-baovao) qui leurs promet au nom de Dieu, mondes et merveilles. Et au moment des échéances électorales, les discours de bonnes intentions et promesses populistes reviennent au premier plan des rhétoriques de la classe politique malgache pour obtenir la légitimité politique, clé de l’accession au pouvoir.
En résumé, on oublie toujours que ce ne sont pas uniquement l’éthique des élites qui nous ont gouvernés qui posent problème mais surtout les mœurs par lesquelles ils sont formatés. Nous devons comprendre qu’à partir du moment ou nous n’avons pas franchie la phase d’autocritique collective pour pouvoir tirer de façon unanime les diagnostiques des fléaux qui infectent notre système, il nous est peine perdue d’avance de marcher véritablement vers un développement prospères et durable. À chaque fois que les Malgaches se retrouvent au tournant de son histoire, la classe politique, rattrapée par ses vieux démons, persiste dans des courses aux calcules d’intérêts et de stratégies clanique politiciennes que nous connaissons tous ce que ceux-ci ont apportés au pays, plutôt que d’ouvrir des grands chantiers et d’entamer des processus qui permettraient à la nation d’acquérir les bonnes bases et outils solides pour son développement. Au final, des pseudos élections, des programmes flous et irréalisables, un nombre impressionnant de parties politiques, des alliances politiques à géométrie variables, des révisions constitutionnelles taillées sur mesure pour le « boss », des valses de siéges, des confusions de rôles et de genres, abus de pouvoir, détournements des biens publiques, enrichissements personnels, retournement de vestes, langues de bois politiques, mensonges d’Etat, appauvrissements etc.…sont l’éternel remakes de l’histoire politiques et sociale malgaches.
Ainsi, tous les Malgaches devraient s’accoutumer progressivement à la culture d’équilibre des pouvoirs (Checks and Balances of Power) afin d’empêcher dans la mesure du possible toutes dérives et monopoles de prises de décisions. Une fois que ces principes et pratiques de l’équilibre des pouvoirs sont acquises et admises par l’ensemble du système que l’esprit de consensus national s’imposera de façon naturellement comme règle coutumière de gestion la vie collective. Ainsi, toutes tentatives de personnalisations et de verrouillage clanique des positions de pouvoirs n’apparaîtront plus qu’au tout dernier plan du style d’exercice des pouvoirs. À partir de là, les mœurs et éthique en politique se rapprocheront de nouveaux des valeurs politiques chères aux Malgaches tels que le « firaisam-pirenena, fahamarinana, fitiavan-tanindrazana, fandrosoana » : Des concepts plus que jamais à jours et adaptés à l’identité commune et aux diversités de la nation malgache. Je reste persuader que ce sont ces grands chantiers de modernisation de l’État et de la vie politique que la nation a en le plus besoin. Pour ce qui concerne la diplomatie, l’aboutissement de ces chantiers permettra a cette plate forme d’être gérer, non plus comme un club réservé exclusivement pour clan, mais comme un vrai service d’utilité public, comme des vrais départements techniques. Celle-ci permettra également à l’éthique collective des serviteurs de l’État de réacquérir les vrais sens de l’Etat. J’ose espérer que les diagnostiques et solutions proposées ci-dessus susciteront des réactions de bons sens et offriront d’éléments de réflexions pour les débats à venir. Car c’est avant tout les principales motivations de cette démarche. Entre temps, prions si elle nous permet de garder la foi, et de nous permettre de trouver dans l’unité avec nos convictions respectives, les formes et modalités les plus consensuelles possible, pour doter enfin le pays des outils politiques et cadres institutionnels qui garantiront sa stabilité et son développement, sans recourir systématiquement aux réflexes de caméléon.
ROMA, contributeur associé
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