Qui ne voit rien…
Acculé à une faillite économique inéluctable, le gouvernement d’Andry RAJOELINA persiste et signe. Sa tentation de l’enfermement dans un isolationnisme suicidaire s’était déjà exprimée dans quelques déclarations souvent surréalistes, mais toujours irréalistes, et quelquefois contradictoires : Ainsi la récente déclaration, plutôt en retrait de celles de son prédécesseur, du nouveau Ministre des Finances et à propos du besoin des bailleurs de fonds. Alors que Madagascar ne sera probablement pas admis aux assemblées du FMI et de la BM à Istambul, les 6 et 7 octobre prochain. Mais on atteint réellement des sommets lorsque André RAMAROSON parle de nationaliser les intérêts étrangers à Madagascar en représailles à la suspension des aides internationales ou de la remise de ses dettes !
Appeler au patriotisme et à l’abnégation de ses compatriotes ou promettre rigueur et austérité ne peut que faire sourire, très douloureusement, le citoyen malgache confronté simultanément aux difficultés de son quotidien et à l’étalage insolent du train de vie dispendieux de la HAT, du pillage de ses richesses forestières et des magouilles portuaires de ses dirigeants.
Et promettre, dans cette configuration, de restreindre les dépenses de la HAT à 1078 milliards d’Ar ou de comprimer les dépenses publiques de 12 % n’est plus guère crédible pour le peuple. Les effets d’annonce du recours à la création monétaire, la fameuse « planche à billets », au marché des Bons du Trésor, ou aux surliquidités bancaires ne trompent plus personne. Car ils butent sur les conditions drastiques de leur mise en œuvre : transition courte, bonne gouvernance, confiance dans la capacité du gouvernement à honorer sa signature, rentrées fiscales et douanières suffisantes pour le faire, engagement des banques, emploi rigoureux de cette création à des fins uniquement productives et non politiques, non-gel des avoirs extérieurs, etc. Conditions sine qua non pour ne pas voir bientôt Madagascar connaître une inflation à la zimbabwéenne, à 3 ou 4 chiffres.
On a beaucoup entendu proposer le recours aux fameux financements parallèles. Pour Madagascar, c’est surtout y raviver le souvenir de 1994, encore cruel pour l’équipe de ZAFY, des lettres de change sur l’or et de FLAMCO. Et celui, très récent mais tout aussi cruel pour ROINDEFO, de l’ardoise hôtelière laissée, en guise de souvenir, par les fameux investisseurs saoudiens début 2009.
Il est vrai que la Lybie, qui se lance actuellement dans une vaste politique africaine de recherche de concessions à bail de terres arables irrigables, lorgne effectivement vers la grande île. Hélicos et avion cargo (chargés de quoi ?) sont déjà arrivés. Mais a-t-on réellement besoin, ici, d’une nouvelle affaire DAEWOO à la sauce Khadafi ? La Chine est également souvent citée à ce propos. Mais elle investit surtout dans les pays producteurs de pétrole (Angola ou Nigeria). Et elle devra choisir d’aligner ses aides, à Madagascar, sur les 0,5 et 0,75 % sur 10 et 40 ans (et avec moratoire confortable) que pratiquent ici les bailleurs de fonds ou d’affronter la grogne du FMI ou de la Banque Mondiale. Et, malgré sa puissance, en risquer les conséquences sur le plan international. Madagascar le vaut-il vraiment pour les Chinois ?
Quant au racket récurrent de la révision des grands contrats miniers (58% des IDE en 2008), régulièrement annoncée et jamais réalisée, on espère qu’il aura au moins permis, et permettra, quelques juteux versements occultes pour ses auteurs. A défaut de décourager définitivement tous les futurs investisseurs potentiels. Tout comme l’affaire, tout aussi glauque, de la nouvelle brasserie d’Ambatolampy.
Qui n’entend rien…
Le secteur privé, toutes activités confondues, vient de rencontrer simultanément le Gouvernement et les bailleurs de fonds : GEM, CCIA, Jeune Patronat, Association Professionnelle des Banques, FIVMPAVAMA, CCI Franco-Malgache, Syndicats des industries Malgaches, GOTICOM, GCAM, Zones franches, etc. Ce sont tous des opérateurs économiques pragmatiques et qui savent parfaitement lire un bilan et, encore mieux, établir un prévisionnel. En l’occurrence, celui de « l’entreprise Madagascar » :
- Ils savent que cette entreprise, qui dépend à 42 % de ces bailleurs pour ses dépenses de fonctionnement et d’investissement, n’a pas d’alternative crédible au financement de ses investissements publics par les prêts-projets, les aides budgétaires et les subventions non remboursables. Et qu’elle va devoir brutalement s’en passer. Tout comme des 100 milliards € annuels de dons sans contreparties de l’Union Européenne. Ou des 600 milliards $ de l’aide américaine.
- Ils savent que tout pays qui renonce aux dépenses nécessaires d’investissement pour ses équipements et son infrastructure se fragilise de manière irréversible et renonce ainsi définitivement à son futur développement. Au moment même où tous les spécialistes de l’économie parient sur un prochain retour de la croissance mondiale qui passera nécessairement par l’Afrique. Oblitérant ainsi l’avenir de leurs entreprises.
- Ils savent ce que signifient une baisse de 500 milliards de dollars du PIB et un taux de croissance ramené de 7,5 % à 0,7 %. Et ce que signifie la cessation des appuis techniques et financiers (UNDAF ou Millénium Challenge) aux grands travaux et aux secteurs vitaux de l’agriculture, de la santé et de l’éducation. Pour la qualité de leur environnement humain.
- Ils savent traduire en chiffres, et en rouge, les pertes de marchés que vont entraîner l’exclusion de Madagascar de la SADC, de l’AGOA et des APE de l’UE-AFOA. Au profit de la concurrence régionale et internationale (+ 4,7 % pour les zones franches textiles mauriciennes entre janvier et juin). Et l’impact à court et moyen terme sur l’embauche des jeunes.
- Ils savent aussi interpréter, en termes de pertes d’emplois, les 70% de moyenne de baisse de l’activité touristique ou des 50 % de celle du secteur automobile et l’échéance prochaine des 6 mois des mises en chômage technique (décision prise en mai par 153 PMI-PME, 51 Hôtels, 51 Zones Franches). Et ils ne prennent pas à la légère l’avertissement des syndicats à propos des 25 000 chômeurs actuels et des 200 000 autres attendus de la fermeture en cascade des entreprises de Madagascar.
Chez les bailleurs de fonds, il leur a été répondu qu’ils devaient faire pression sur ce gouvernement. Mais ils ne disposent plus vraiment, à cet effet, que d’une seule arme : la grève générale par lock-out des entreprises. Et ils ne peuvent la décider sans risquer des débordements, incontrôlables dans le contexte actuel. Le doivent-ils ? Ils ont également tenus à faire savoir leur inquiétude au gouvernement de la transition. Ont-ils étés réellement entendus ? Dès lors, tout candidat à l’élection présidentielle qui prendrait actuellement le temps d’être à leur écoute, plutôt qu’à celle du tohu-bohu politique, bénéficierait assurément de leur soutien sans réserve.
Qui ne dit rien…
La traditionnelle période de soudure du 20 novembre risque d’être particulièrement difficile pour tous les malgaches. Du fait d’un grave déficit en riz causé, pour partie, par une moindre production et, pour partie, par une possible spéculation, en attente d’une inévitable flambée des prix.
- Moindre production faute de politique de relance chez les producteurs (Menabe et Betsiboky) ou de défaut de financement d’entretien des digues (déficit possible de 20 à 25 000 T sur la Basse Mangoky selon FAD/OPEP). Grave insuffisance déjà prévue depuis des mois par la Banque Mondiale.
- Spéculation déjà confortée par l’augmentation régulière de 2 % par semaine et par la variation, revue à la hausse, des 20 à 30 % habituels entre le prix de récolte et le prix en période de soudure. Sur 400 000 T/an importés à Madagascar, 150 000 T le sont à raison de 50 000 T tous les deux ou trois mois à partir de novembre. Mais, cette fois, le stock régulateur prévu (35 000 T de TIKO à TOAMASINA) a disparu et va probablement être réutilisé à des fins spéculatives. De plus, l’insolvabilité bancaire récente des grands collecteurs, déstabilisés par des « exonérations sélectives » de Droits de Douanes ou de TVA (c.f. CGPM) et rendus frileux par leur crainte de voir d’éventuels stocks importants perquisitionnés ou saisis, peut nous rapprocher très rapidement et très dangereusement du niveau d’alerte des stocks.
- Pénurie des produits de substitution comme la patate douce, le maïs et le manioc, qui ont vu leur production baisser considérablement pour cause de sécheresse et de chenilles : moins 50 % en maïs et moins 25 % en patate douce. Et leur prix s’envoler. Il faut donc craindre dès maintenant une insécurité alimentaire sévère. Et, surtout, dans le sud.
La mise au ralenti des grands projets miniers, le défaut d’apport de devises des bailleurs de fonds et des industries exportatrices traditionnelles sinistrées (vanille, crevette, tourisme) risque d’imposer, très prochainement, la nécessité d’une dévaluation de la monnaie (actuellement surévaluée de 30 % selon les spécialistes financiers des grandes banques). Et la dépréciation spectaculaire de ces derniers jours pourrait, d’ores et déjà, influer dangereusement sur les prix des PPN importés et celui des hydrocarbures. Même si la légère baisse de la consommation et l’annonce d’une prochaine importation de produits pétroliers, destinée à compléter le stock actuel de 40 jours, peut rassurer ceux qui craignaient de voir revenir les pénuries et les délestages.
Il n’en reste pas moins que l’augmentation inévitable du prix du transport et de l’énergie jointe à celle du riz et des produits importés comme l’huile, le sucre ou la farine peut, dans le contexte actuel de crise de l’emploi, être le détonateur d’explosions sociales extrêmement violentes.
Propos recueillis par La Rédaction
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