La violence et l’insécurité, des notions bien différentes selon que l’on appartient au monde des nantis ou à celui des pauvres et des miséreux.
A Madagascar en cette période de transition, les phénomènes de violence liés à l’insécurité sont également instrumentalisés à des fins politiques ; Pour preuve les déclarations du colonel Ravalomanana qui, à coup de données statistiques dont il est le seul à connaitre les sources, conclut, lors d’une conférence de presse organisée pour l’occasion, que « l’insécurité dans la capitale Antananarivo n’est pas alarmante. »
Rassurant diront certains, optimiste diront d’autres ! Mais la question n’est pas là, ce qu’il faut expliciter, c’est surtout la notion de violence liée ou non à l’insécurité.
Du point de vue du colonel Ravalomanana, l’insécurité n’engendrerait donc que peu de violence, avec pour principal argument le nombre d’attaque à main armée qui, selon l’intéressé, n’aurait rien d’exceptionnel eu égard à la fréquence de celle-ci.
On ne doute pas des compétences du colonel Ravalomanana, mais il y a d’autres formes de violence plus ordinaires qui touchent une très grande majorité de Malgache et que l’on ne peut décemment pas passer sous silence.
Par exemple en cette période de rentrée scolaire, le colonel Ravalomanana et plus généralement les dirigeants de la transition savent-il combien de parent se retrouvent dans le désarroi le plus complet quand il s’agit de trouver l’argent nécessaire à l’achat des effets scolaires de leurs enfants ?
Ceux qui le peuvent encore, s’endettent davantage auprès de leurs employeurs, compliquant d’autant des situations où beaucoup d’employés se trouvent déjà en condition de quasi esclavage face à des « patrons » qui usent et abusent de leur pouvoir. Les autres comptent généralement sur la solidarité sans aucune garantie que cela fonctionne, car la majorité est déjà frappée de plein fouet par la crise. Pour le reste, ceux qui n’ont plus rien, généralement sans travail et sans repères, on prive tout simplement les enfants de scolarité, car cela est considéré comme une dépense superflue.
Les tensions liées à cette période particulière se répercutent au sein de la majorité des foyers pour qui la survie est déjà un combat quotidien. C’est là une forme de violence, certes silencieuse, mais qui fait de gros dégâts, capables d’influer sur l’avenir de plusieurs générations.
D’autre part, ces mêmes dirigeants de la HAT savent-ils que de nouveau de nombreux foyers malgaches doivent se contenter de un (1) à deux (2) repas par jour pour les plus chanceux ? Savent-ils seulement la quantité de viande que l’on peut acheter avec deux mille (2000) Ariary soit dix mille (10.000) FMG ? Savent-ils le nombre de personne qui se contente de ce montant et de la quantité de viande équivalente, cela pour une consommation d’une semaine ?
Pourquoi selon ces dirigeants l’on voit de plus en plus d’échoppes se mettre à vendre des « frites » ? C’est là l’alternative la moins chère quand on ne peut plus s’acheter du riz. De plus en plus de Malgaches en achètent en guise de petit déjeuner, de déjeuner et de diner, c’est un fait. Voilà encore une autre forme de violence qui n’intéresse et n’émeut ceux qui aiment à plastronner avec leur cent (100) millions de dollars bien mal acquit.
Des exemples pour illustrer la misère dans laquelle les Malgaches sont tombés l’on peut en citer des quantités, mais pour finir et à l’adresse du colonel Ravalomanana, sait-il seulement que dans les campagnes qui environnent Antananarivo, de très nombreux cultivateurs qui avaient pour habitude de prendre la route à pied dès trois heures (3) du matin pour rejoindre la capitale pour vendre leurs fruits et légumes, ne le font plus, préférant attendre que le soleil se lève du fait des trop nombreuses agressions et attaquent dont ils sont les victimes sur des routes devenues de véritables traquenards. Ce type de changement d’habitude désorganise complètement la vie de ces gens et influent également sur leur source de revenus qui comme l’on s’en doute ne fait que diminuer.
Bref, rien n’interdit la HAT et ses suppôts de communiquer, d’enjoliver les choses. Reste que la population, même celle de la capitale est entrain de vivre un véritable enfer. On peut toujours se moquer de la façon dont les autorités du Mozambique gèrent les émeutes de la faim qui ont éclaté à Maputo et d’en déduire que les Africains n’ont rien à nous apprendre en termes de règlement de crise. Cependant, les dirigeants actuels finiront d’une façon ou d’une autre par payer l’arrogance dont ils font preuve, car les mêmes causes engendrent généralement les mêmes conséquences. La Rédaction
|