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INTERVIEW : Tour d'horizon de la situation à Madagascar avec le Père Sylvain Urfer Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
(67 votes)
Écrit par La Rédaction   
17-12-2008

Interview du Père Sylvain Urfer, membre actif du SEFAFI et observateur éclairé de la société malgache, réalisé le 17 décembre 2008 par l’équipe de Madagasikara Soa.

Père Sylvain Urfer

Le Père Sylvain Urfer

 

M-S : Globalement, en tant qu’observateur de la vie publique malgache, quel regard portez-vous sur la situation générale (économique, sociale, culturelle et politique) à Madagascar ?



S-U : Madagascar est logiquement dans la phase de désillusion qui a suivi l’enthousiasme aveugle de 2002. C’est la reprise du scénario de l’après 1975 et de l’après 1992. Sur le plan économique, se produit ce qu’on appelle « une croissance sans développement » (la même qui s’était amorcée en 2000-2001) : la richesse collective augmente parallèlement à la pauvreté de la population. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas de redistribution des richesses créées, mais leur accaparement par une minorité. Sur le plan politique, le TIM, après avoir tout absorbé, implose comme l’avait fait l’AREMA en son temps, faute de programme cohérent et d’opposition crédible.

M-S : À quoi, ou à quelle variable sociopolitique incombe cet « échec » ? le régime, la classe politique en générale, la société civile, les bailleurs de fonds… ?


S-U : Cet échec tient à la manière dont les dirigeants  comprennent et utilisent le pouvoir : celui-ci est mis au service de leurs intérêts particuliers, et doit donc être conservé à tout prix. Cette conception du pouvoir est largement partagée par la classe politique et la société civile. Quant aux bailleurs de fonds, ils sont, au mieux ignorants des réalités profondes du pays et donc inconscients, au pire complices et donc hypocrites.

M-S : Prenons le cas de la communauté internationale à travers le fait que c’est elle qui, concrètement, maintient financièrement Madagascar à flot (à considérer les aides et projets qu’elle fournit au pays). Pourquoi se montre-t-elle si tolérante, voire si obtuse à soutenir un système de gouvernance qui échoue ? Et pourquoi ne semble-t-elle pas avoir conscience que les objectifs qu’elle s’est fixée pour 2015 (dans le cadre de l’OMD) ne seront jamais atteints par Madagascar eu égard à la gouvernance actuelle ?


S-U : Mais la « communauté internationale » est une abstraction sans visage ! Le système des Nations Unies, aveuglé par son idéologie ultra-libérale, est le seul à ne pas voir que la crise actuelle est pour une bonne part le fruit de son dogmatisme. Quant aux pays dispensateurs d’aide, ils ne visent pas d’abord à instaurer la démocratie dans les pays assistés ; ils cherchent à défendre et étendre leur influence et leurs intérêts. Depuis peu, la Chine s’est jointe à ce jeu : elle a l’avantage de dire et de faire ouvertement ce que les autres font sans le dire, ou disent sans le faire…

M-S : Parlons des partis politiques à Madagascar et plus particulièrement de ceux qui se revendiquent de l’opposition, donc une force censée être une alternative au pouvoir. Quel constat pouvez vous faire ? Surtout, la nature des institutions politiques qui prévaut actuellement au pays est-elle sérieusement propice à une émergence d’une vraie force d’opposition comme l’exige un système de démocratie ?


S-U : Le problème est plus culturel qu’institutionnel. Dans une société où le langage affronté est banni, et où la conception du pouvoir est celle qui a été rappelée plus haut, l’opposition ne peut être que honteuse ou opportuniste. Rares sont les politiques qui échappent à ce tropisme ; Herizo Razafimahaleo était de ceux-là, mais il n’a guère de successeurs !

M-S : Quelle est votre opinion sur le tam-tam médiatique fait autour de l’élaboration des statuts des partis politiques initiés par le président de la République ? Au vu de ces six années passées au cours desquelles le régime honnissait tout dialogue politique, rejetait tout débat avec les partis d’opposition (même l’ancien secrétaire général des Nations-Unies, Kofi Annan en a fait les frais), peut-on réellement croire, cette fois-ci, à la sincérité « miraculeuse » du régime ? Et peut-on espérer à la clairvoyance de l’opposition ?


S-U : Il n’y a pas plus de miracles en politique qu’en économie ! L’expérience du passé montre que ce régime ne supporte pas qu’on le conteste. De ce point de vue, et la manière dont il traite les médias en est la preuve, il n’est pas démocratique. Une loi sur les partis politiques imposée en quelques jours est une caricature de dialogue. Quant à l’opposition, son irresponsabilité et ses divisions suffisent à la réponse.

 

 

Père Sylvain Urfer

Membre actif du SEFAFI, le Père Sylvain Urfer a œuvré auprès des pauvres et des démunis durant plus de 30 ans à Madagascar, notamment dans la capitale, Antananarivo, dans le quartier d’Anosibe



M-S : L’affaire Daewoo est un déclic qui a fait prendre conscience aux Malgaches que la politique gouvernementale qui autorise les multinationales à s’accaparer des richesses nationales, dont la terre des ancêtres, est inacceptable. Devant ce grand danger, que fait la société civile dont vous faites partie ? À part le SeFaFi (auquel vous appartenez), et récemment le Conecs qui regroupent les opérateurs économiques du secteur privé, la société civile malgache est le grand absent dans ce débat. Pourquoi les intellectuels (les enseignants chercheurs, les magistrats…) se taisent-ils ?  Pourquoi les médias « se refusent-ils » à faire des travaux d’analyses sur la question ?


 
S-U : Oui, la société civile est largement absente, parce qu’elle n’a pas sa place dans la conception que la société se fait du pouvoir. Donner un avis différent, si fondé soit-il, de celui de l’autorité, est mal ressenti parce que cela semble porter atteinte à la cœxistence sociale. Et celui qui s’oppose a peu de chances, plus tard, d’être appelé à partager le pouvoir… Le plus décevant dans ce contexte, c’est moins l’insuffisance des journalistes, souvent mal formés et tenus à l’autocensure, que le silence des intellectuels. Là encore, chacun ménage l’avenir, sans doute persuadé que « hors du pouvoir, point de salut » - ni assurance financière ni reconnaissance sociale.

M-S : Habituellement, le Conseil des Eglises Chrétiennes de Madagascar (FFKM) est connu pour sa position en tant que porte-parole des « sans voix ». Ce qui a été (et l’est toujours) fortement apprécié par la population. Dans le contexte actuel où le président de la République fait également office de vice-président de l’Eglise classée seconde sur un total de quatre, le FJKM, et qui compose le FFKM, cette position est-elle encore crédible ?


S-U : Il est vrai que la compromission de l’Eglise avec le pouvoir (une seule reste concernée, maintenant que l’ECAR s’en est libérée) est inquiétante. C’est une attitude anti-évangélique sur le plan religieux, et suicidaire sur le plan politique. Il en résulte évidemment une perte de crédibilité pour l’ensemble du FFKM, tant du point de vue œcuménique qui est sa raison d’être première, que du point de vue social. Ceci dit, je le ressens surtout comme un scandale et une souffrance pour les vrais chrétiens.

M-S : À défaut de donner une opinion politique en tant qu’acteur de la société civile, quelle « réflexion » pouvez-vous fournir sur l’avenir de Madagascar ?

 
S-U : Mon espoir est que les dirigeants finissent par comprendre et accepter qu’ils sont au service du pays, de la population, et non pas de leurs intérêts personnels. Mais il faut être réaliste : tant que l’opinion publique ne sera pas plus exigeante vis-à-vis de la classe politique, et tant qu’elle ne pourra pas exprimer librement son opinion, rien ne changera.

 

 

Père Sylvain Urfer

Expulsé brutalement de Madagascar en mai 2007, le Père Sylvain Urfer ignore toujours les raisons officielles de la décision prise par le régime de Marc Ravalomanana.

 

La Rédaction
Hits: 4303
Commentaires (9)add
...
Ecrit par ioary , 22 décembre, 2008
exact!!!
Tant qu'il n'y aura pas une opposition citoyenne avec des militants dvous 驠 une cause et des ides, le pays appartiendra toujours aux commer੧ants et aux affairistes.
Quelqueq suicidaires ont essay de se lancer sur la scne politique avec une v騩ritable doctrine. Ils en sont ressortis ruins et discrdit驩s.


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Les propos de Ramandinila
Ecrit par Fanja , 21 décembre, 2008
Sur Herizo ne peuvent pas être contestés.
C'est aussi ces élections à l'americaine qui empêchent les candidats sérieux de se présenter, désormais c'est l'argent qui fait le candidat.
Aujourd'hui c'est rat8 demain c'est TGV, que de gens à frics sans culture politique sans idéologie, des marchands écervelés.
Voilà où le pays se meurt si nous ne constituons pas nous mêmes une opposition citoyenne!


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Ecrit par ramandinika , 21 décembre, 2008
A mon sens la perennité de ce pouvoir aberrant est due aussi à l'inexistence ou plutôt à la microcéphalie de ce qu'on apelle popmpeusement l'opposition.
Syvain urfer parle de feu Herizo, la mort evidemment sanctifie un homme et transforme en héros celui qui a institué à Madagascra la "campagne électorale à l'américaine", c'est à diire a donné pririté à l'arent et transformé les militants en mercenaires.
Quant à son programme aà l'éléction presidentielleIl s'est lilmité,tout compte fait, à la revente de la'avion présidentiel pour etdistribuer le produitaux "fivondronana".
Il faudra rouver un héros d'uneautreenvergure qu'Herizo pour symboliser l'opposition si on veut transformr la Pays.


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Ecrit par Paul , 19 décembre, 2008
Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Encore une fois cette façon de prendre les choses à la légère est une pratique bien malgache, bien ancrée dans la culture. On préfère afficher la grosse voiture que d'avouer le prix à payer, c'est à dire en général la diète sur tous les autres secteurs de la vie quotidienne.

A la différence que le régime actuel en fait une méthode de gouvernance, en mettant une très grande majorité de la population à la diète et cela depuis le début de sa prise de pouvoir, tout cela pour les intérêts de quelques-uns.

Alors que les autres pays se préoccupent et anticipent les effets de la crise financière au niveau social et économique, il y a un irresponsable qui ose mettre 51 millions de dollars sur la table pour se payer un boeing. En quoi cela est-il une priorité ? Et puisqu'on parle de redistribution, n'était-ce pas là un moyen de faire quelque chose pour la population à travers n'importe quelle autre action que celle de se comporter en arriviste délirant.

De plus, il faudrait vraiment être naïf ou complice pour oser croire que cette méthode de gouvernance va changer. L'économie et son développement n'ont absolument rien à voir dans tout cela, le potentiel existe, mais utilisé à des fins purement corporatistes, réservé aux seuls initiés ou ayant leurs entrées dans le cercle du pouvoir.

Comme le fait comprendre Jarifa, les entrepreneurs privés ne manquent pas d'idées, mais ils sont tout simplement écrasés voire tenus en laisse, dans l'impossibilité de dépasser un certain volume de production et de développement du fait d'un monopole imposé par celui qui détient toute la machine de répression entre ses mains.

Et pour en revenir au cas de Pety et les autres (autre intervention de Marina), c'est la même chose, à part que là il s'agit du domaine politique. Osez seulement vous mettre un jour en travers de la route de ra8 et vous comprendrez peut-être ce qu'on à subir tous ces gens que vous prenez trop facilement de haut avec vos certitudes mécaniques et d'un certain point de vue égoïste.





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oui et non
Ecrit par jarifa de mahajanga , 19 décembre, 2008
Je trouve au contraire que l'analyse d'Urfer est très objectif. Ferme, sans concession, mais très objectif. On voit bien que les chiffres avancés pour des soi-disant "développement" ne correspondent en rien à la réalité vecu par la population. Ce ne sont pas le PIB boosté par les projets miniers ou par le poid de la dette qui feront le développement.
Comment 8ans ne suffisent pas pour faire décoller le pays comme Madagascar? 5ans sont largement suffisant, du moins pour faire entrevoir un vrai décollage. Or, qu'est ce qui se passe actuellement? Le secteur privé local,premier pourvoyeur d'emploi, est sinistré (les sociétés en faillites se ramassent à la pelle). TIKO et ses satellites phagocitent tout. Pire, les IDE, exclusivement miniers (menés par des mafieux mondiaux) detruisent la "seule dotation factorielle" à laquelle Madagascar peut tirer avantage, LA TERRE, et également le "dernier bien ou patrimoine" de la population. Encore pire, les "dettes" n'ont majoritairement servi qu'à engraisser les dirigeants vec leurs "avions perso", "les éléphants blancs, comme le "VALABE", la "vitrine d'Ivoloha" qui sont absolument contraire aux intérêts du pays, puisque simplement conçus pour les perpétuer les profits de TIKO.....Le "politique" est dominé par la corruption à ciel ouvert et par une improvisation honteuse (récement les status politiques) etc...
le MAP, censé être un progralmme de développement est "sous cale" faute de carburant.

Pourtant, avec la somme obtenue par le régime en seulement 5ans (plus que l'ensemble de celle obtenus par 30 années de tous les dirigeants réunis) aurait au moins pu faire une seule et unique chose: Dynamiser le secteur privé. C'est le contraire qui s'est reproduit.

Devant cet échec flagrant, il cherche encore à y rester 20ans. On se fout du peuple ou quoi?

C'est ce que Urfer est entrain de dire et de dénoncer. En toute objectivité.


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Bmol
Ecrit par marina , 19 décembre, 2008
Le Père Urfer a raison sur bien des points. Mais je ne marche pas avec lui sur un volet lorsqu'il pense que la croissance acquise depuis 2003 puisse déjà servir le développement. L'histoire économique de tous les pays vérifient ce point: au début il y a d'abord la croissance, plus de création de richesses, sans développement je suis d'accord. Mais elle n'est pas encore suffisante au bout de 8 ans pour qu'elle puisse être distribuée à tout le monde et augmenter le niveau de prospérité de chacun. Il faut d'abord créer les richesses -en quantité suffisante- avant de penser les distribuer. Je Pense que le Père Urfer - qui mérite beaucoup de respect- a souvent un avis plus "noir" de la situation économico-politique à Madagascar pour être très objectif.


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Intressant
Ecrit par Paul , 19 décembre, 2008
Ce sont des réflexions intéressantes de la part de quelqu'un qui connait très bien le sérail malgache. Merci pour cette contribution.


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Akory aby e!
Ecrit par Sedra , 17 décembre, 2008
Manao akory aby. Mba te hiteny @ izay fa efa mam-piteny ny maona izao zavatra izao hoy ilay raikalahy iny. Isaorana anareo manome vaovao tsy tapaka ary miaraka @ analizy mahafa-po fa tena ilaina tokoa ny toy zao mba tsy ho faty donto e (pour ne pas mourrir idiot).
Miombon-kevitra amin'izao lazain'ny mopera Urfer izao aloha ny tenako. Tokony "plus exigeante" isika @ mpitondra fitondrana fa tsy atao ho mpanjaka akory ry zareo ireo.

Izay indray aloha fa hihezaka hiverim-berina matetika eto indray.


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L'utilit du dbat
Ecrit par Gore , 17 décembre, 2008
C'est ce genre de reflexion qui nous manque. Il faut que nos intellos parlent. faire voluer le dbat sur la situation socio-politique 驠 Mad.
Vraiment dommage que personne n'ait pu enregistrer la confrence ੠ sciences po Paris rcemment, dans laquelle justement P੨re Urfer a pris part. Car c'tait trs interressante.


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