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Souveraineté Nationale : Cheval de bataille des impuissants Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par Tale K.   
14-06-2007
Mardi, lors de sa tournée dans la province de Tuléar, le Président de la république malgache, Marc Ravalomanana, a, une fois encore, usé d’un de ses exercices favoris à savoir, l’infantilisation du peuple.
Montant sur ses grands chevaux, il s’en est de nouveau pris aux étrangers, plus précisément les investisseurs et notamment ceux qui agissent dans le milieu des hydrocarbures et qui assurent l’approvisionnement de Madagascar en dérivés comme l’essence, le gas-oil ou le pétrole lampant.

Le motif évoqué est la hausse des prix du carburant constatée au niveau de la pompe, ce à quoi Marc Ravalomanana rétorque qu’elle est injustifiée et affirme ce qui suit : « Aucun facteur ne justifie la révision à la hausse des prix des carburants à la pompe. Le prix du baril de pétrole sur le marché international reste à 68,70 dollars et la monnaie malgache connaît une certaine stabilité. "Vous avez rencontré le gouverneur de la Banque centrale, la semaine dernière. Mais vous faites, encore, ce que bon vous semble,". "N'oubliez pas que vous êtes dans un État de droit ayant sa souveraineté. Je vous avertis !"

Cependant, force est de constater que les propos de Marc Ravalomanana sonnent faux et sont dénués de toutes sincérités, surtout lorsqu’il évoque la « notion » de « souveraineté » pour régler un problème commercial, financier ou économique concernant le pays.

D’abord, inconsciemment, le chef d’État nous montre à cette occasion la nette « fourberie » teintée de vanité d’un « chef d’entreprise exemplaire », car il vient de nous démontrer l’erreur fondamental qu’il ne faut pas faire dans pareille circonstance. La fluctuation du prix des produits de rentes, notamment pétroliers, est tributaire de plusieurs paramètres exogènes aux marchés, et qui dans la plupart des cas est influencé, non pas essentiellement voire volontairement, par les distributeurs (comme veut le faire croire Marc Ravalomanana) mais plutôt par les fournisseurs comme les sociétés ou les groupes « producteurs de pétroles », auprès desquels les distributeurs s’approvisionnent. Cette vérité toute naïve, le Président de la République aurait dû la savoir.

D’autant que cette hausse constatée n’est pas propre à Madagascar, car la « tendance à la hausse » du prix du pétrole est récurrente depuis quelque temps et que la tendance à la baisse n’aura lieu que d’ici le mois de septembre. Cette information est confirmée par les explications fournies par le Secrétaire Permanent du Comité National des Hydrocarbures du Sénégal, Monsieur Carmello Ribert Sagna (voir jeune Afrique N°2422 du 10 au 16 juin 2007) : « De nouvelles augmentations sont à prévoir dans les prochaines semaines, car, à l’approche de l’été, les tensions sur le marché américain causent chaque année une escalade au niveau des prix des produits raffinés et plus particulièrement de l’essence ».

Par sa prise de position, Marc Ravalomanana sous-entend également que les « investisseurs » qui opèrent à Madagascar ne suivent donc aucune règle, aucune loi et qu’ils n’en feraient qu’à leur tête. Son objectif est de retourner l’opinion contre ses étrangers qui spolient les richesses de Madagascar et plus précisément le peu qui se trouve dans le porte-monnaie des contribuables malgaches. Il se place en défenseur de la veuve et de l’orphelin et aimerait qu’on le compare à un Président qui sait défendre les intérêts de son peuple, cependant il oublie de dire que c’est l’État qui a accepté que ces opérateurs puissent exercer leurs activités sur le territoire malgache. L’État, donc Marc Ravalomanana lui-même est tout aussi responsable de cette flambée des prix à la pompe.

Par ailleurs, Marc Ravalomanana oublie également de dire qu’il est lui-même à l’origine d’une autre flambée des prix constatée ces deux dernières semaines. Le prix de l’huile alimentaire dont sa société TIKO détient le monopole de l'importation et de la distribution a doublé, voire triplé dans certaine province. En réponse aux inquiétudes des consommateurs, Marc Ravalomanana lui-même ne s’est-il pas empressé de trouver des causes réelles ou imaginaires à cet état de fait. Que l’on sache, personne ne lui a reproché quoique ce soit dans cette affaire malgré le fait que ce monopole a été obtenu par l’élimination pur et simple d’autres nombreux opérateurs, nationaux comme étrangers, compliquant du coup l’approvisionnement de la Grande Ile, puisque au moindre incident du côté de TIKO, c’est tout le peuple malgache qui en pâtit.

Marc Ravalomanana devrait donc songer à tourner « sept fois sa langue dans sa bouche » avant de proférer des inepties indignes d’un Chef d’Etat. Il devrait également apprendre que ce n’est pas en s’en prenant aux étrangers qu’il s’appropriera la reconnaissance du peuple dont il a la charge, car dans cette histoire, s’il devait y avoir un responsable, il serait le premier désigné.

N’importe quelle hausse des prix est toujours vécue comme un drame par les consommateurs, cependant, il est toujours possible de l’encaisser à condition que ces consommateurs aient suffisamment de pouvoir d’achat. À Madagascar, c’est évidemment très loin d’être le cas. La faute à qui ? La réponse est limpide : La faute ne peut-être attribuée qu’à ce régime qui depuis six ans ne fait rien d’autre que d’enfoncer tous les jours un peu plus les Malgaches dans la misère la plus noire. Les exemples d’une politique rétrograde, sans aucune ambition ni dans les propositions ni dans les pratiques sont légions. On fait appel aux investisseurs internationaux, mais dès que cela gêne les activités lucratives des dirigeants en place, ils sont accusés de tous les maux de la terre. Cela, jusqu’à oser dire qu’ils s’immiscent dans les affaires internes de l’État, l’État doit être pris au sens du groupe TIKO qui, pour ceux qui ne le savent pas, possède une branche dénommée TIKO-oil et qui a des visés sur l’exploitation d’un pétrole lourd dans le Sud du pays.

Au lieu donc de chercher à rejeter constamment la faute sur les autres, Marc Ravalomanana et sa clique devraient plutôt et comme le Sénégal l’a fait, trouver des solutions comme : Convoquer tous les secteurs concernés à une assise pour trouver les solutions qui devraient s’imposer, et au cours de laquelle il avait été proposé la création d’un fonds de stabilisation des prix, ou encore un fonds de sécurisation des importations des produits pétroliers pour parer aux effets d’un éventuel choc pétrolier.

Marc Ravalomanana devrait également apprendre que tant qu’il fondera sa politique sur la recherche de la pitance gouvernementale dans le portefeuille des Bailleurs de fonds et accessoirement dans celui des investisseurs étrangers, il devra se plier de gré ou de force à ce dicton : « La main qui donne est toujours celle qui ordonne ».

La souveraineté n’est donc un argument valable que lorsque Madagascar aura atteint un minimum d’indépendance, notamment financier, or il est clair qu’avec le régime actuel, cela reste du domaine de l’utopie.

Tale K.

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