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Quand le storytelling se met au service d'un despote Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par La Rédaction   
23-01-2008
Sommaire ...
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Comment réussir à neutraliser les émotions de l’opinion et à la rendre totalement inerte même face à une agression préméditée par ses dirigeants ?

Christian Salmon l’explique très clairement dans son livre : « Le storytelling est bien plus efficace que la propagande classique. Il ne cherche pas à modifier les convictions des citoyens ni à les influencer mais à les faire entrer dans une histoire passionnante. Il s’adresse à la crédulité du peuple. C’est ce qu’Alstair Campbell, le conseiller de Tony Blair appelle « faire la météo ». Le storytelling n’est pas une technique de manipulation banale. C’est le climat dans lequel nous vivons. On est passés de l’opinion publique à l’émotion publique. Le débat public ne vise plus à confronter des opinions mais à synchroniser des émotions ».

Pour illustrer ces propos, on peut prendre pour exemple le fait que Marc Ravalomanana, ces ministres et les cadres du TIM refusent, voire interdisent toutes formes de débats publics. Le MAP n’a par exemple jamais fait l’objet d’un débat approfondi, il a été imposé à tous les corps de l’État et s’y opposer c’est s’exposer à des sanctions de la part de sa hiérarchie. Le discours hebdomadaire du chef de l’État est également une forme de tentative de manipulation de l’émotion publique, son but n’est pas d’éclairer sur les actions des gouvernants, mais plutôt de jouer sur les émotions, sur les effets soulevés par l’annonce perpétuelle d’un récit nouveau.

Des médias qui perdent la main et qui se laissent submerger par l’agenda imposé par les dirigeants

S’il y a un domaine que le storytelling a su phagocyter dès le début, c’est celui des médias. D’ailleurs, c’est un des premiers objectifs du storytelling en politique : Manipuler les médias.

Depuis l’affaire du Watergate sous Nixon, l’objectif principal du Bureau d’Information de la Maison Blanche a été la mise au point progressive de techniques visant à contrôler les médias.

L’actuel vice-président des Etats-Unis, Dick Cheney, l’exprime sans détour : « Pour avoir une présidence efficace, La Maison Blanche doit contrôler l’agenda. Si vous laissez faire la presse, ils saccageront votre présidence… ». Dans ce but, selon Christian Salmon, « le pouvoir présidentiel doit inventer chaque jour une bonne histoire, la story du jour qui capte et focalise l’attention des médias et du public ».
C’est ce que le même Salmon appelle « le hold-up sur l’imagination des humains » qu’incarne le storytelling.
 
Rapporter à Madagascar et à Marc Ravalomanana, on a pu constater que dès l’annonce de sa candidature, celui-ci a su se rallier la quasi-totalité des médias basés à Antananarivo. Dans ce dessein, il a su leur vendre l’image de la « rupture », de la « nouveauté », de la « jeunesse », de la « réussite sociale et matérielle », du héros divin guidé par Dieu lui-même, venu pour sauver la population de la Capitale des méchants séparatistes.
Pour donner plus de force à son histoire, il s’est inventé des ennemis que l’opinion et les foules converties à son histoire devaient l’aider à abattre, voire à éliminer définitivement.

Sûr de leur fait et encouragés par les résultats obtenus, Marc Ravalomanana et son régime continuent d’exploiter les médias et appliquent mot pour mot ce que Christian Salmon décrit comme une obligation imposée par le storytelling : « La présidence se doit de fixer elle-même et chaque jour la « line of the day » (la ligne du jour), qui deviendra dans l’année la « story du jour », diffusées auprès des différentes branches de l’exécutif et de la presse accréditée par elle, mais aussi à travers des messages télévisées adressés directement au public… Focus group et sondages sont utilisés pour élaborer les messages présidentiels, des petites phrases (sound bites) sont insérées dans les discours du président pour les faire passer, les apparitions publiques sont mises en scène pour les renforcer par des images filmées et prévenir les messages opposés. Que l’on soit en période électorale ou non, la politique prend la forme d’un festival de narration dans lequel la presse est à la fois l’acteur, le chœur et le public…Bref on développe la mise en scène de la démocratie plutôt que son exercice…Pire, la nature et le rythme des décisions politique se soucient moins de cohérence que du rythme, moins d’action que de mise en scène, celle d’un feuilleton permanent qui obéit aux règles du suspense. What is next ? Et après ?

C’est cette nouvelle méthode de « censure » qu’enseigne le storytelling, car ce que la « censure bureaucratique totalitaire interdisait, cachait », la méthode du storytelling a su faire que celle-ci agisse de façon détournée par l’overdose d’information, en noyant la conscience du public. Et c’est seulement lorsque les évènements lui échappent, que le gouvernement se montre très violent et recours en même temps à la censure totalitaire [fermeture de radio privée, censure des quotidiens nationaux].

Une classe politique désorientée

Pas au fait de ces nouvelles méthodes de communication, la classe politique et notamment l’opposition sont incapable de réagir. Submergée par les multiples effets d’annonce, elle n’a pas le temps d’analyser un sujet que déjà un autre récit est popularisé par le régime.

Là encore, le storytelling se moque éperdument des « valeurs » de la société ou encore des « règles rationnelles » telles que nous l’avons connu jusqu’alors. Par exemple la nécessité d’une réconciliation nationale qui est une idée comme une autre et qui peut être bénéfique sur bien des points est reléguée en rang d’une vieillerie réservée aux pays d’Afrique voisin. Le respect de l’État de droit, le respect des Lois, les vertus de la décentralisation, les notions de Démocratie, d’unité, de dialogue social discrédité au profit de l’économie toute puissante, du libéralisme à tout va. Tout cela est inutile pour les story spinners.

Si la classe politique malgache dont l’opposition ne prennent pas conscience des pratiques liées à la communication du régime de Marc Ravalomanana et qui influent directement sur sa façon de gouverner, elles ne parviendront jamais à reprendre la main et à imposer leur point de vue.

Edward Bernays dans son livre : « Comment manipuler l’opinion en démocratie » a été très clair sur la notion de storytelling : « C’est la défaite de l’intelligence dans le domaine politique, celui où l’analyse et la clairvoyance s’imposent plus que d’autres ».
Et Christian Salmon d’ajouter : « La politique – conception storytelling – s’adresse aux individus comme à une « audience », évitant l’adversaire, contournant les partis…Il a substitué au débat public la captation des émotions et des désirs  ». À présent, même le discours officiel ne s’adresse plus désormais à la raison, mais au cœur, à l’émotion plus qu’à l’opinion. Et, le pouvoir exécutif devient un pouvoir « d’exécution » du scénario présidentiel.

Des Bailleurs de fonds qui approuvent et encouragent la méthode


Marc Ravalomanana et son régime ont également réussi à trouver des alliés de choix à travers les Bailleurs de fonds, tout simplement parce qu’ils sont également des fervents adeptes du storytelling [Steve Denning, ancien de la Banque Mondiale, pionner et gourou du storytelling].

S’ils continuent de financer aveuglément le régime au mépris des avertissements des autres composantes de la société malgache, c’est qu’ils y trouvent leurs intérêts. Leur objectif - en politique s’entend - n’est pas de laisser une trace dans l’histoire, comme par exemple de réussir la lutte contre la pauvreté avec conviction, celui de développer un pays, celui de pouvoir civiliser et humaniser le monde, non, il réside seulement dans le souci de « réussir leur carrière ». Pour les dirigeants comme Marc Ravalomanana, c’est celui de « terminer un mandat ».


 
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    Cette prise de position découle du constat qu’en matière d’innovation, les despotes du type de Marc Ravalomanana ont pour habitude de s’approprier ce qui se fait de mieux, non pas dans le but de développer leur pays, mais pour conforter toujours un peu plus leur pouvoir.
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Aujourd'hui

Mardi, 6 Janvier 2009
10:51:29

Declaration

Info

ZAFY Albert, Président d’honneur du CRN (Comité de Réconciliation Nationale) interpelle vigoureusement Marc Ravalomanana dans une déclaration qui lui est personnellement adressé.
Tous les thèmes de la gouvernance piteuse de celui qui se prétendait être le « messie incarné » y sont abordés, et plus encore …
.
[Ecouter et consulter la transcription]

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