CHRONIQUES
Nos intellectuels sont-ils des esclaves volontaires ? | Nos intellectuels sont-ils des esclaves volontaires ? |
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| Écrit par BARATSY Kakolahy | |
| 16-04-2007 | |
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De multiples fraudes électorales implicitement revendiquées par le régime, une gestion des affaires publiques calamiteuse, fondée sur une dépendance volontaire envers les bailleurs de fonds, et ayant comme dessein affiché, l’enrichissement prioritaire des sociétés appartenant au chef de l’État.
Une économie nationale en faillite, une société en déliquescence, une jeunesse qui désespère, des prélats corrompus et corrupteurs, un climat politique délétère, une constitution faisant l’apologie du racisme et favorisant l’émergence d’un pouvoir théocratico-dictatorial. Une pauvreté endémique que l’on essaye de camoufler derrière un paravent médiatique opaque et régulièrement alimenté par des « esprits soumis » forgés au culte du mensonge. Un avenir compromis et incertain... Voilà le tableau sombre qui prévaut actuellement à Madagascar. Au cœur de tout cela, on trouve 80 % de malgache vivant presque exclusivement de la terre léguée par les ancêtres et, produisant leur pain quotidien à la sueur de leur front et à la force de leur poignée, délaissant par obligation matérielle et financière les études et la culture. À côté de cette grande majorité, l’on trouve également une classe plus ou moins aisée, mais qui a surtout eu la chance de s’extirper du schéma traditionnel. Eux, ont eu la chance et le privilège de faire des études, de parcourir - parfois aux frais des contribuables - le monde et de voir d’autres horizons, de côtoyer d’autres sociétés, d’autres cultures, bref de s’enrichir intellectuellement. Vous l’avez compris, nous allons ici parler de cette composante de l’opinion que l’on appelle « les intellectuels ». Généralement, sont qualifiés d’intellectuels, les écrivains, les journalistes, les professeurs, les enseignants, les instituteurs, les artistes, les capitaines d’industrie, les médecins, les cadres, les leaders d’opinion etc. bref ceux vers qui l’on se tourne pour nous éclairer quand la société dans laquelle on vit, est plongée dans l’obscurantisme. L’opinion a besoin de ces esprits critiques pour lui prodiguer des conseils ou lui montrer la voie à suivre lorsque l’avenir semble obstrué. Hélas pour l’opinion, les intellectuels malgaches se sont réfugiés dans un silence de cathédrale insoutenable et incompréhensible, alors que la situation dans laquelle se trouve le pays exige plus que jamais de ces hommes et ces femmes, qu'ils prennent position et s’engagent avec et pour le peuple. Malheureusement, qu’ils résident au pays ou qu’ils soient à l’extérieur, ces intellectuels semblent avoir perdu la raison et la volonté de croire à la chance de voir un jour leur pays se développer réellement. Par leur mutisme, ils deviennent de fait, les complices de l’auto-décapition de la Nation. Quelques leaders politiques, dont le chef du parti Leader Fanilo, Herizo Razafimahaleo, ou encore l’ancien Président de la République, Albert Zafy, se sont déjà posé la question de la carence et de la démission des intellectuels malgaches. Mais avant d’aller plus loin, l’on peut définir le terme « intellectuel » afin de pouvoir faire le tri entre ceux vers qui l’on peut réellement se tourner et les charlatans qui n’ont d’autres gloires que de se terrer dans le mutisme le plus complet. À Madagascar, beaucoup s’octroie le titre « d’intellectuel » dès lors qu’ils ont acquit un diplôme universitaire ou qu’ils arrivent à fournir un CV à rallonge, parfois long de plusieurs pages. Mais pour mettre tout le monde d’accord, voyons ce qu’en dit le Larousse : « Est intellectuelle une personne qui a un goût affirmé pour les activités de l’esprit ». Cette définition trop courte favorise les amalgames culturellement destructeurs et, ouvre la porte à toutes sortes d’usurpations ainsi qu’à toutes les vanités. Cette imprécision s’explique par le fait que le terme même d’intellectuel n’est qu’un néologisme créé à la fin du XIXe siècle et dans une circonstance très précise : La lutte menée par des « lettrés » de l’époque (l’écrivain Emile Zola en tête avec son fameux réquisitoire contre les dirigeants, J’ACCUSE) contre l’arbitraire ayant conduit à la condamnation de « l’innocent » Capitaine Dreyfus. Les « engagements » pris par ces « lettrés » pour la défense des valeurs Républicaines contre l ’arbitraire, contre le racisme, ont fait naître le terme « intellectuel » pour les désigner. C’est pourquoi ce terme « intellectuel » demeure lié à la notion « d’engagement » ou de « lutte » d’une part pour l’émergence des valeurs humaines, et donc, contre l’arbitraire et le despotisme. C’est à André Malraux que l’on doit la définition la plus claire : « Un intellectuel n’est pas seulement celui à qui des livres sont nécessaires, mais tout homme dont une idée, si élémentaire soit-elle, engage et ordonne la vie ».Jean Paul Sartre renforce la perception et rajoute : « À quoi sert un intellectuel s’il n’est pas rebelle, s’il n’est pas un repère moral, un pourfendeur de l’inique et un adorateur de la justice et du courage nécessaire à son expression ? ». André Gide boucle la boucle en disant : « Une volonté libre et une volonté soumise à des valeurs morales sont une seule et même chose…Le monde ne peut être sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis. » Ces quelques définitions émanant d’illustres « intellectuels » nous permettent de comprendre qu’être un « intellectuel » ne relève ni d’un titre ni d’un honneur, mais plutôt d’une attitude engagée, donc d’un comportement qui se forge au service des intérêts généraux de la société. À Madagascar, à l’instar des pays du tiers monde, les « intellectuels » ne sortent donc pas nécessairement du moule universitaire, puisque comme l’écrivain ivoirienne Tanella Boni l’a bien dit : « (En Afrique, ndr) au commencement était la parole. Et les maîtres de la parole n’étaient pas des écrivains ni des lettrés. Ils étaient conteurs, devins, guérisseurs, griots, vendeurs de kola ou buveurs de palme. Ils étaient partie liée avec le savoir. Ils transmettaient une vérité certaine ou approximative… ». Ceci explique donc pourquoi lors des deux élections successives et malgré l’impuissance de l’opposition à se faire réellement entendre, les résultats, même falsifiés par le régime, témoignent du fait que la majorité du peuple malgache rejette le régime tyrannique actuel. Autrement dit, même ceux qui n’ont pas eu la chance d’acquérir suffisamment de savoir et de culture et à qui l’on prédisait qu’ils seraient incapable d’utiliser un bulletin unique, ont fait preuve de leur capacité de discernement face au danger qu’encoure la Nation. De tout ce qui précède, on peut aisément affirmer que ce que nous appelons « les élites nationales » ne sont en fin de compte que des « pseudo-intellectuels », ce qui explique en partie le pourquoi de leur coupable mutisme face aux agissements du régime de Marc Ravalomanana. Noureini Tadjani Serpos nous le confirme lorsqu’il dit : « Le lettré ne devient un intellectuel que lorsqu’il a délibérément décidé d’inscrire son action dans l’acte de transmission de son savoir, afin d’influencer les membres de sa société dans le sens des valeurs humaines… ». Il rajoute : « Lorsqu’on est un intellectuel, il faut prendre des risques. L’intellectuel est celui qui a décidé de devenir rebelle en posant des questions dérangeantes… Il utilise le prestige qu’il a acquis dans son domaine pour se faire mieux entendre… ». Après ces éclaircissements, nous allons maintenant démontrer les raisons qui conduisent nos « pseudo intellectuels » à s’enfermer dans leur coquille, alors que le pays brûle. Nous ne pouvons trouver meilleures réponses que dans l’œuvre formidable d’un gamin de 18 ans, ayant vécu il y a 5 siècles : « Le Discours de la Servitude volontaire » d’Etienne de la Boétie. La question qu’Etienne de la Boétie s’est posée à l’époque est celle que tous les malgaches soucieux de l’avenir et du développement du pays se posent actuellement : « Comment se fait-il que nos élites continuent d’obéir aveuglement à un tyran ? Il est possible que les hommes aient perdu leur liberté par contrainte, mais il est quand même étonnant qu’ils ne luttent pas pour regagner leur liberté. » Pour ceux qui nient encore que le régime actuel n’est pas un régime tyrannique vont en avoir pour leur grade, car Etienne de la Boétie nous donne une définition limpide de ce qu’est qu’un tyran. Il en distingue trois sortes : « Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race ». La servitude (que beaucoup s’imagine forcée, alors qu’elle est toute volontaire) de nos « pseudo-élites » à l’égard du tyran a donc au moins trois explications, toujours selon Etienne de la Boétie : La seconde raison est que : « sous les tyrans, les gens deviennent lâches et efféminés ». « Les gens soumis n’ont ni d’ardeur ni pugnacité au combat. Ils ne combattent plus pour une cause mais par obligation. Cette envie de gagner leur est enlevée. Le Tyran essaie de stimuler cette pusillanimité et maintien les hommes stupides en leur donnant du pain et des jeux. » La dernière raison, qui est sans doute se trouve être la plus importante (car elle dévoile le ressort et le secret de la domination), est : « Le soutien et fondement de toute la tyrannie, autrement dit, faire participer les « dominés » à la domination, les courtisans ». Voilà pourquoi, donc, nos « pseudo-élites », se terrent dans leur obéissance tacite non pas par contrainte, mais par servitude volontaire puisque se voulant être les courtisans du tyran, ils ne doivent pas seulement obéir à celui-ci, mais également devancer ses désirs alors qu’ainsi ils ne font que s’éloigner de plus en plus de la liberté et acceptent d’être traités comme des forçats ou des esclaves. Attendre de ces « gens » un quelconque geste, c’est se fourrer le doigt dans l’œil. Une prise de conscience minime sur l’impératif de sauver la Nation en dérive, relève également de l’illusion. Le peuple malgache, lui, a déjà compris depuis longtemps qu’il est impossible de se lier d’amitié avec un tyran, parce qu’il est et sera toujours au-dessus. « Il ne faut pas attendre de l’amitié de celui qui a le cœur assez dur pour haïr tout un royaume qui ne fait que lui obéir » disait Etienne de la Boétie avant de conclure son « Discours » par la phrase suivante : « Je prie un Dieu bon et libéral pour qu’il réserve là-bas tout exprès, pour les tyrans et leurs complices, quelques peines particulières ». L’opposition ainsi que tous ceux qui se soucient vraiment du développement de Madagascar doivent prendre conscience de la situation et, plutôt que d’attendre la bonté d’un Dieu « bon et libéral », prendre leur courage à deux mains pour exclure de la vie de la Nation toute forme de tyrannie. BARATSY Kakolahy Bookmark
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Tous les thèmes de la gouvernance piteuse de celui qui se prétendait être le « messie incarné » y sont abordés, et plus encore ….
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