Régulièrement l’Université d’Ankatso (Antananarivo) connaît une montée de fièvre estudiantine. La dernière en date a pour motif un énième projet d’assainissement visant à déloger les étudiants illégaux. Officiellement, il s’agit de ceux qui ne sont inscrits dans aucun département et ceux n’ayant pas pu renouveler à temps leur demande.
Chaque fois que les autorités essayent de remettre un semblant d’ordre au sein de cette faculté, elles sont confrontées à une résistance plutôt bien organisée. Mais pour autant, faut-il mettre tous les torts du côté des étudiants, ou bien le problème est plus vaste et ces tensions ne seraient que la conséquence d’une détérioration plus globale des conditions de vie au sein de la société malgache ?
Assurément, les faits sont liés et ne datent pas d’aujourd’hui.
Traditionnellement, lorsque l’on choisit de suivre des études, c’est dans le dessein, à leur issue, de décrocher un travail et donc d’entrer dans la vie active avec pour objectif d’atteindre une certaine indépendance matérielle et financière.
Il s’agit là du cursus normal ou idéal, celui que l’on souhaite à n’importe quel étudiant un peu soucieux de son avenir.
Malheureusement, l’on peut parfois être très motivé, réussir tous ses examens et ne jamais décrocher le sésame nécessaire à l’accomplissement de ses projets. Les freins et les entraves peuvent être nombreux et le cursus scolaire devient, pour bon nombre de jeunes Malgaches, un vrai parcours du combattant.
Avant même d’évoquer les détails sordides, on peut déjà affirmer que tous les étudiants ne bénéficient pas d’un traitement égal au sein des Universités, à fortiori au sein de celui d’Ankatso. L’origine géographique, donc ethnique des étudiants constitue rien qu’à elle seule un frein majeur à la réussite du cursus universitaire des intéressés.
Cette différentiation s’insinue dès l’inscription à telle ou telle filière. En effet, on peut dire qu’il existe des voies réservées, les plus prestigieuses à une certaine catégorie, et les moins aux autres. C’est un fait que beaucoup d’étudiants ont vécu et expérimenté à leur dépend.
Comme nous l’avons dit, la sélection ne se fait pas forcément sur la qualité du dossier ou sur les résultats scolaires des prétendants, mais souvent et surtout d’après leur faciès et suivant leur origine. Pour corser le tout, l’administration a également mis en place un nouveau système de tri sélectif, en imposant un concours d’entrée pour chaque filière. Le Bac, autrefois valeur sure et universelle n’est plus une garantie pour accéder aux études supérieures. Il arrive pourtant que certains recalés insistent pour intégrer telle ou telle filière. S’imposent alors à eux l’alternative des intermédiaires peu scrupuleux et leur système de corruption rompue à tous les vices.
Les filières les plus convoitées donc les plus disputées et dont la valeur marchande est la plus cotée, quand l’on est obligé de s’adresser à un intermédiaire pour les intégrer, sont celle de l’Agronomie et de Médecine.
Pourquoi Médecine et surtout Agronomie, tout simplement parce qu’intégrer ces filières, c’est avoir la possibilité unique de sortir de Madagascar à l’occasion d’un stage ou d’une spécialisation quelconque. Ces filières offrent également un bonus substantiel, puisque l’État alloue aux étudiants admis, non pas de simples bourses d’études, mais carrément un système de présalaire, plus attractif donc très convoité. Cela dès la première année en Agronomie, et à la fin du cursus pour les étudiants internes en Médecine. Au classement des chanceux, on peut mettre les originaires d’Antananarivo invariablement prioritaires, puis, viennent ensuite ceux qui disposent de suffisamment de moyens financiers pour acheter littéralement leur passeport pour l’étranger, en s’adressant au préalable à l’organisation parallèle que constituent les intermédiaires et leurs ramifications qui peuvent atteindre les plus hautes sphères de l’Etat.
En aparté, on peut également noter l’absurdité du système éducatif malgache.
Madagascar est un pays dont 80 % de la population pratique des activités agricoles. Or, il n’y a en tout et pour tout qu’une seule école publique supérieure agronomique. Les ingénieurs qui en sortent ne vont pas pour autant sur le terrain, mais sont, pour leur très grande majorité, affectés dans les postes à responsabilités des grandes villes, notamment à Antananarivo. Pour information, sur 100 fonctionnaires, seuls 10 rejoignent les provinces, les 90 autres restent invariablement dans la capitale.
Comme on vient de le voir, le monde universitaire réserve donc quelques surprises à ceux qui ne sont pas rompus à ces règles officielles et surtout non officielles. Il en résulte une véritable disparité avec des talents, des cerveaux et des élites potentiels que l’on sacrifie sur l’autel de la discrimination ethnique et financière.
Cependant, même si tous ces problèmes constituent l’un des plus gros freins au développement de Madagascar par la formation et la production d’une élite nationale capable d’exercer et d’aider la société à évoluer, il ne faut pas oublier la principale cause du marasme, qui de façon régulière, secoue tous les pans de la société malgache.
Il s’agit évidemment du contexte général dans lequel le pays s’engouffre année après année.
Comme nous le savons tous, Madagascar est dans un état de détérioration avancée, en proie à des expérimentations dictées et dirigées par des entités extérieures qui ont trouvé dans le régime actuel, le plus malléable et le plus soumis des élèves.
L’affectation de plusieurs centaines de millions de dollars sous forme de prêts, les formations au leadership et à ses avatars comme le « coaching » n’apportent absolument rien de probant, d’une part parce que les bénéficiaires (ministres, cadres du TIM) n’ont pas l’ouverture d’esprit nécessaire pour intégrer un tel degré de sophistication et que d’autre part, leurs ambitions sont en fait des plus terre à terre. On peut les résumer en quelques mots : S’accaparer du pouvoir et tout faire pour le garder le plus longtemps possible.
Par ailleurs, l’institutionnalisation de cette politique de tri, de sélection, d’exclusion que l’on camoufle derrière des paravents que le régime désigne pompeusement par « formation au Leadership » est contraire à l’esprit républicain, qui prône l’égalité des chances et de traitement devant le savoir. Il ne s’agit derrière tout cela que d’une nouvelle politique de clientélisme et de ségrégation déguisée.
Dans ce contexte de décadence, il n’y a pas de place pour évaluer des données capitales comme le taux de chômage et sa répartition par secteur d’activité. Le régime se bornant à communiquer des chiffres de taux de croissance sensés rassurer les Malgaches sur des performances économiques qui sont plus du domaine de l’utopie que du réel.
Les étudiants, mais pas qu’eux seuls, se retrouvent donc confronté à la réalité brutale que constitue le sous-développement, son lot de chômage, de difficultés économiques, de désillusions, de violence institutionnelle et morale. Plus grave encore pour ceux qui sont issus des provinces et qui n’ont d’autre choix que de rester dans la capitale, parce que là se concentre le peu de déboucher encore susceptible de leur procurer une activité professionnelle durable et suffisamment rémunératrice.
On peut également trouver d’autres explications à cette désaffection par le fait que les différents dirigeants, notamment Didier Ratsiraka et aujourd’hui Marc Ravalomanana, se sont toujours débrouillés pour que les provinces ne puissent produire suffisamment d’élites d’envergure nationale. Il était dans l’intérêt de Didier Ratsiraka de dominer les Malgaches, tous les Malgaches, de pratiquer la division et l’affaiblissement pour parer à l’éventualité de l’émergence d’un ou de plusieurs leaders capables de le détrôner. Marc Ravalomanana perpétue cette tradition à sa façon, soit par une exclusion subtile, soit par la brutalité dont il est coutumier (intimidation, répression, condamnation, emprisonnement, exil).
Au final, les autres régions de Madagascar se débattent dans un marasme pire encore que celui vécu par les habitants d’Antananarivo. La décentralisation a été démantelée, passée à la moulinette d’une politique d’exclusion visant à affaiblir tout ce qui pourrait nuire à la pérennité du pouvoir en place.
Dès lors, il ne faut pas s’étonner que les étudiants s’accrochent à la seule chose qui leur sert de point d’ancrage, de repère dans cette folie ambiante que constitue le fait de vivre à Madagascar. Ils continueront de procéder ainsi, tant que ne s’offrira pas à eux une alternative.
Les autorités pourront durcir continuellement leurs règles, mais tant que les dirigeants étatiques n’offriront pas le minimum vital à tout être normalement constitué, riche de son savoir et avide de réussite professionnelle et sociale, il en sera ainsi pour longtemps encore. La Rédaction
|
Un jour on désigne les étudiants comme des délinquants politisés manipulés par l'opposition, le lendemain, c'est le régime qui s'en sert pour casser un mouvement interne de contestation qui à priori n'a aucune connotation politique.
Scandale en vue - Madagascar-Tribune
samedi 23 février 2008, par Eugène R.
Le consensus trouvé dans le cadre de l’assainissement de la gestion des Cités « U » d’Antananarivo entre les représentants des étudiants et le CROUA (Centre régional des œuvres universitaires d’Antananarivo) est bafoué. La liste des étudiants par région ayant droit d’accès aux logements, dressée par les présidents des associations des étudiants des 22 régions dans le cadre de la mise en œuvre de ce consensus a été carrément rejetée par le CROUA.
Devant la presse hier, les représentants des associations régionales des étudiants du campus ont vivement condamné la « mauvaise foi » de l’administration qui, selon eux, a foulé aux pieds les termes de l’accord dont l’objectif est de permettre aux associations régionales des étudiants du campus de participer à l’assainissement de la gestion des logements universitaires. « Nous sommes vraiment stupéfaits de savoir actuellement qu’une autre liste dressée par des étudiants qui prétendent pouvoir représenter les étudiants des 22 régions est en passe d’être validée par le CROUA. Pour nous, c’est une manœuvre qui a pour but de semer la zizanie au sein des étudiants pour faciliter par la suite notre exclusion du processus de l’assainissement », a fait comprendre un leader du mouvement estudiantin.
« Nofon-kena mitam-pihavanana » Un scandale est en vue cet après-midi à l’université « Fast Food » d’Ankatso II. En effet, une cérémonie y sera organisée. On ne connaît pas l’organisateur ou l’initiateur de ladite cérémonie. On sait cependant qu’il s’agit d’une cérémonie au cours de laquelle des zébus seront immolés à titre de « nofon-kena mitam-pihavanana ». D’après ce qu’affirmaient hier, à la TVM ces étudiants qui prétendent pouvoir représenter les étudiants des 22 régions dans le campus, l’initiateur de cette cérémonie n’est autre que le ministre de l’Education nationale et de la Recherche Scientifique, Radavidson Andriamparany Benjamin. Or, selon une autre source plus ou moins officielle, c’est le directeur du CROUA, Rakotoarivony William qui organise cette cérémonie dans le cadre de présentation des vœux entre les étudiants du campus et son administration. Devant la presse hier, les présidents des associations des étudiants des 22 régions ont révélé que les « imposteurs » ont réçu plusieurs millions de nos francs d’un haut responsable pour organiser cette cérémonie dont l’objectif inavoué est de dire à l’opinion que tout va bien dans le campus et que l’assainissement est en marche. « Nous, présidents des associations régionales, nous serons présents à cette cérémonie car on nous a invités. Mais, nous ne nous y rendrons pas avec les 10 étudiants par région comme stipulé dans l’invitation. Nous y irons avec tous les étudiants qui ont droit d’accès aux logements universitaires », ont-ils déclaré.