Dérégulation du marché de l’électricité, un système et une pratique « néolibérale » que les Tananariviens et bientôt tous les Malgaches vont apprendre à leur dépend si l’on n’arrête pas le carnage et leurs auteurs.
Comme à l’accoutumée, quelques médias malgaches ont rapporté, sans se poser de questions, ce qu’ils considèrent comme une avancée, un progrès, la preuve de l’engagement du régime à développer et à améliorer le quotidien des Malgaches, plus précisément, des habitants d’Antananarivo - les autres, c’est bien connu, peuvent bien attendre - à travers l’annonce de la fin du délestage pour la capitale de Madagascar.
Nous n’allons pas revenir sur la « superficialité » des médias malgaches, qui dans leur grande majorité, n’estiment pas nécessaire d’investiguer, ou encore d’informer correctement l’opinion, autrement qu’en servant de caisse de résonance à un régime qui a fait des effets d’annonces, une des caractéristiques principales de sa stratégie de gouvernance.
Comme à l’accoutumée également, dans tout ce qui touche de près ou de loin au démantèlement du service public et des sociétés qui en font la fierté, on retrouve invariablement la patte de Marc Ravalomanana, guidée par son esprit mesquin, mais aussi, millimètre par millimètre, par ceux qu’ils considèrent comme les garants de son pouvoir, c’est-à-dire les bailleurs de fonds et leurs semblables.
Dernier écueil en date, et puisqu’il faut jouer sur les émotions de l’opinion (storytelling) pour lui éviter de trop se poser de questions sur la façon dont il sera ponctionné une fois le mécanisme mis en place, le Chef de l’État annonce avec toute la fierté qu’on lui connaît, les résultats de sa capacité étonnante à attirer des investisseurs étrangers à venir travailler avec lui au développement de Madagascar.
Après avoir encensé l’efficacité Allemande dès 2002, avec le résultat que l’on connaît à travers l’exemple de la gestion de la compagnie Air Madagascar, rendue plus que jamais vulnérable, prête à être avalée toute crue par un repreneur dont on ne s’étonnerait pas que le Chef de l’État y détiendrait quelques parts, le fier Marc Ravalomanana nous annonce donc l’implication d’une multinationale d’origine ibérique, « Union Fenosa », dans la fin du délestage.
Même si à priori et comme l’affirme le directeur général adjoint pour l’eau (DGAE) de la Jirama, Dieu Donné Raoelijaona - la nouvelle centrale de Mandroseza serait la propriété du fournisseur historique - donc relevant normalement du domaine public et de l’État, sa gestion et son entretien sont pourtant étrangement confiés à la multinationale privée « Union Fenosa ». Cela officiellement, dans le dessein d’assurer une gérance saine et rigoureuse.
Cette décision capitale ne relève certainement pas de la partie malgache, puisque même si le financement de la construction de cette centrale a été rendu possible grâce à un accord de don, dont plus de la moitié a été réglée par le royaume des Pays-bas, les autorités malgaches n’ont sûrement pas eu d’alternative que se plier à cette conditionnalité particulière.
Le qualificatif de « don » et ce que cela sous-entend en termes de liberté d’utilisation (ce qui confirme l'adage qu'un don n'est jamais gratuit), n’est donc pas approprié pour désigner le mode de financement de cette nouvelle centrale électrique, et nous allons voir qu’il se cache vraisemblablement d’autres velléités plus prédatrices derrière ce qui ressemble fortement à un de « cheval de Troie » pour pénétrer, occuper et finalement contrôler totalement le marché de l’électricité du pays.
En effet, le mode opératoire utilisé par « Union Fenosa » et ses associés financiers, rappelle étrangement celui que pratiquent les multiples sociétés privées qui, depuis quelques années, se partagent le marché de l’électricité à travers la planète, jusque-là considéré comme stratégique et relevant du ressort exclusif des États et de leurs services publics.
Évidemment, cette nouvelle caractéristique du marché de l’électricité ne doit pas dire grand-chose aux citoyens/consommateurs malgaches. D’ailleurs ceux qui s’apprêtent à exploiter cette nouvelle particularité n’ont pas intérêt à ce que cela se sache, car les « vaches à lait » qui feront la fortune de ces prédateurs d’un nouveau genre, ne sont autres que les consommateurs eux-mêmes.
La pénétration du marché par « Union Fenosa » a été d’autant plus facile, que Marc Ravalomanana pratique, depuis son arrivée au pouvoir, une politique visant à dépouiller Madagascar et les Malgaches des services que l’on considérait jusque-là publics, donc relevant de la compétence et de l’engagement de l’Etat. C’est par ailleurs un des leitmotiv des bailleurs de fonds qui exigent et imposent que chaque État, à qui ils prêtent de l’argent, se désengage progressivement mais sûrement des services publics en privatisant tout ce qui peut être privatisé. Cette propension à servir la soupe aux multinationales étrangères qui n’attendent que ça, est par ailleurs une des signatures caractéristiques du mode de gouvernance de Marc Ravalomanana.
Toutefois il ne suffit pas de constater ou de relater « bêtement » comme le font les médias et les fanatiques invétérés du régime ; il faut au contraire réagir et dénoncer ce qui s’apparente à une nouvelle catastrophe annoncée, validée et signée par Marc Ravalomanana.
Tout d’abord il faut expliquer ce qu’est la dérégulation du marché de l’électricité.
C’est l’ouverture du marché de l’électricité à des opérateurs privés, dans le but de favoriser la concurrence et de faire logiquement baisser les prix.
Malheureusement, si tout cela part d’un bon sentiment, comme tout ce qu’essayent de nous faire croire les férus du libéralisme à tout crin, cette ouverture, dans tous les pays où cela se pratique, s’est avérée être une vraie calamité. Car là où on laisse les prédateurs s’engouffrer, on peut dire adieu à la notion de service public qui a pour priorité de fournir une prestation continue, à un tarif raisonnable et qui satisfasse tous les consommateurs.
Pire, à partir du moment où un service essentiel comme la fourniture d’électricité est confiée à des opérateurs privés, ceux-ci ne le considèrent plus comme tel, mais au contraire le transforment en un produit comme un autre, dont la finalité est de faire des profits à travers sa commercialisation.
Seulement pour faire du profit, il faut utiliser des stratégies parfois barbares, allant des ententes illicites, à la monopolisation totale d’un secteur jugé lucratif, par l’opérateur, et vital pour les consommateurs. Le marché de l’électricité se prête donc parfaitement à ce genre d’intention, c’est même un champ d’activité rêvé pour un opérateur privé aux dents longues et dénué de tous sentiments.
On aura donc compris le véritable sens du terme « dérégulation » qui a en fait comme objectif principal de faire fluctuer un prix, une valeur, le tarif de l’électricité dans le cas qui nous intéresse. Or comme nous le disions tantôt, les effets de la concurrence ont parfois joué positivement sur les tarifs au début, mais il s’est avéré ensuite, qu’invariablement ces tarifs se sont envolés, devenant intenables pour les consommateurs, que ce soit pour les particuliers ou pour les entreprises. Tout cela parce que les opérateurs privés ont compris l’avantage financier que pouvait leur apporter le fait de spéculer sur un produit pourtant volatile et impossible à stocker comme l’électricité.
Connaissant la considération que Marc Ravalomanana porte à la population malgache, il est clair que celui-ci et son gouvernement n’interviendront pas pour réguler ces tarifs qui ne manqueront pas d’augmenter encore, cette fois-ci de façon vertigineuse, ce qui immanquablement, plombera le porte-monnaie des citoyens qui ne savent déjà plus où donner de la tête pour subvenir à leurs besoins élémentaires. On imagine également ce que l’augmentation du tarif de l’électricité aura comme conséquence sur les entreprises, qui pour la plupart survivent déjà tant bien que mal, dans un environnement dominé par le monopole des sociétés appartenant au Chef de l’État et à son clan.
D’ailleurs, Marc Ravalomanana s’y connaît parfaitement en termes de monopole, son entreprise TIKO a phagocyté bon nombre de secteurs clés de l’économie malgache. À eux seuls, ce groupe et son propriétaire sont un danger permanent pour Madagascar, une calamité improductive qui dessert la créativité et le dynamisme du pays.
On ne peut donc que s’inquiéter de l’introduction de cette nouvelle multinationale dans un secteur clé de l’économie malgache. Plus grave encore, il s’agit là d’un domaine touchant à un service essentiel que l’on remet nonchalamment et sans autres considérations que politique et propagandiste à un opérateur privé rompu à la recherche du profit toujours plus conséquent, n’hésitant pas à détruire les fondements d’une société pour atteindre ses objectifs de rentabilité.
Marc Ravalomanana engage une fois de plus sa responsabilité dans la destruction du pays et de ses valeurs communautaires. Cela commence à faire beaucoup sur son ardoise, et il est plus que temps de stopper définitivement les dérives de cet homme qui ne mérite absolument pas de diriger un pays comme Madagascar. En illustration de cet article et pour décrypter les conséquences de l'introduction de la multinationale privée "Union Fenosa" dans la gestion et le contrôle de la nouvelle centrale électrique de Mandroseza, nous vous proposons de visionner un reportage édifiant sur le phénomène de la dérégulation appliquée à des pays pourtant développés (la partie 2 est la plus explicite sur les agissements des sociétés privées dans le secteur de l'électricité, avec le cas de la Californie). Nous vous laissons imaginer et tirer les conséquences de ce genre de pratique dans un pays comme Madagascar.
Reportage partie 1 :
Reportage partie 2 :
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Proverbe TIM.
Cahier Société
JIRAMA. Quand il vient à manquer, la pénurie est très ressentie. L’or bleu en effet, est synonyme de vie. Et plus encore…
Plusieurs quartiers de la capitale privés d’eau jusqu’à jeudi
Galère chez des milliers de ménages de plusieurs quartiers de la capitale depuis lundi soir ! Et pour cause, l’eau courante de la Jirama a fait défaut, aussi bien au niveau des bornes fontaines publiques que dans les foyers des abonnés de la Jirama. Apparemment, le supplice n’est qu’à ses débuts. En effet, « cette coupure d’eau massive persisterait jusqu’à jeudi, sauf en cas d’imprévu », indique Clémence Ranjalahy, responsable de la communication de la Jirama. Cette privation serait due à la défaillance d’une pompe endommagée par la foudre dans la nuit du lundi. «Cette machine située dans notre usine de production à Mandroseza a un débit de 1 000 m3/h. Ce qui fait qu’il y a un déficit de production de près de 24 000 m3 par jour », explique toujours la responsable de communication de cette compagnie nationale d’eau et d’électricité.
Aucun avis
« Nous sommes déjà en pleine réparation. La machine est encours de démontage. Les travaux de rétablissement prendront quelques jours. Nous ferons de notre mieux pour que la situation revienne le plus vite possible à la normale », rassure Clémence Ranjalahy.
Les ménages, surpris par cette coupure qui perdure, ont attendu en vain le retour de l’or bleu, hier. « Je ne sais quoi faire. Notre réserve d’eau est épuisée. Je ne me suis pas préparée à cette éventualité. Aucun avis d’avertissement n’a été lancé par la Jirama. Peut-être devrais-je me déplacer dans les quartiers voisins pour chercher de l’eau ! Mais c’est à des kilomètres à la ronde et espérons que chez eux, l’eau n’est pas coupée», envisage cette mère de famille habitant à Ambatokaranana. Malheureusement pour elle, les quartiers limitrophes, notamment Andraisoro et Ankadindramamy, sont aussi concernés par la coupure d’eau.
Une misère
A Anjanahary, les habitants ont aussi vécu une matinée « sèche ». « Heureusement pour nous, nous avons l’habitude de constituer une petite réserve d’eau à la maison. Mais elle ne tiendra pas sûrement jusqu’à jeudi », se lamente un père de famille de ce quartier. La misère de nombreuses familles d’Amboditsiry, d’Ambatokaranana, d’Ankadidramamy, d’Anjanahary, d’Andraisoro, d’Ambatomaro, d’Ankadilalana, de Faravohitra, d’Ambatonakanga, d’Iavoloha et de beaucoup d’autres ne prendra fin que demain. Pour tous les riverains de ces quartiers, la galère continue…