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La Chine ou le financement parallèle selon Marc Ravalomanana Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par Morjane B.   
23-05-2007
Visiblement irrité et déçu de parcourir le monde à la recherche des fonds nécessaires (au bas mot 5 milliards de dollars) pour financer son énième projet, MAP (Madagascar Action Plan), le chef de l’État malgache, Marc Ravalomanana, a fini par s’énerver contre la Communauté internationale qui refuse, à juste titre, de lui donner un chèque en blanc.

Du coup l’homme perd son sang froid et fusille verbalement les principaux pays donateurs comme la France et les Etats-Unis. Il provoque les grandes puissances en expulsant, sans raison, un prêtre français, et se félicite, avec une pointe de malice et de satisfaction, du départ de l’ambassadeur des Etats-Unis, James Mac Gee, soupçonné, lui aussi, d’ingérence caractérisée dans les affaires internes du pays. À ce stade, il serait plus juste de dire : Ingérence dans les petites combines de Marc Ravalomanana.

La nouvelle stratégie de Marc Ravalomanana n’est cependant pas dénuée de risques, et sa ferme intention de s’engager dans ce que l’on peut appeler un « financement parallèle » en se tournant vers la Chine, est un danger potentiel pour l’avenir immédiat et à long terme de Madagascar.

Pour le commun des mortels, le fait est d’autant plus incompréhensible, puisque durant ces cinq dernières années, Marc Ravalomanana n’a pas cessé de se servir de l’image d’une apparente bonne entente entre lui et les bailleurs de fonds traditionnels (Banque Mondiale, FMI, UE etc.) pour écarter toutes supputations quant aux réelles capacités de son régime à gérer les faramineuses sommes d’argent déversées dans et pour le pays.
En effet, et même encore aujourd’hui, le seul slogan utilisé par le pouvoir et universellement connu, c’est l’égrenage des sommes obtenues ou promises, avec comme unique nuance les montants et les projets y afférant. Il aurait été intéressant de changer un peu de disque et d’annoncer les plus-values, les bénéfices réelles, ce que cela a rapporté, bref l’impact réel de ces sommes sur les conditions de vie de la population. Ce ne serait pas trop en demander quand on a la tête du pays la superstar de la réussite individuelle, le Berlusconi de l’Océan Indien, mais je crois qu’il ne faut pas trop insister sur ce point, cela pourrait être considéré comme de l’ingérence.

En tout état de cause, pour donner du poids à sa nouvelle orientation, Marc Ravalomanana n’hésite pas affirmer que : « Les financements fournis par les Bailleurs de fonds traditionnels ne suffisent pas ou plus (c’est au choix). Il faut chercher ailleurs ». Non content de cette affirmation douteuse, il rajoute : « Madagascar est un pays souverain et que lui, Marc Ravalomanana, peut faire ce dont il a envie pour l’avenir de Madagascar ». Évidemment, personne n’ira contester cette dernière affirmation, seulement il y a un petit bémol : Si Marc Ravalomanana est certainement au volant de la « voiture Madagascar », ce n’est pas lui qui fait le plein d’essence, et à moins de rester planté au parking, il doit reconnaître que la survie de son pouvoir ne tient qu’à la générosité des Bailleurs de fonds traditionnels. Il faut bien savoir ravaler sa fierté de temps en temps et regarder les choses bien en face.

Cependant, Marc Ravalomanana semble avoir la réelle intention de changer de « pompiste », pour reprendre la métaphore de la « voiture Madagascar », et à ce sujet nous aimerions lui rappeler que l’un de ses prédécesseurs avait opté pour la même voie. ZAFY Albert doit encore s’en rappeler, puisqu’il s’agit de lui. L’aventure n’a d’ailleurs pas duré très longtemps, car ce fut une catastrophe totale, non pas que ZAFY Albert en soit le seul responsable, loin de là, puisque déjà à l’époque, on trouvait dans l’entourage de l’ancien Chef d’État, les mêmes qui aujourd’hui dirigent autour de Marc Ravalomanana et qui, bien évidemment, se sont lavés les mains de ses stratégies douteuses.

Cependant, depuis le début des années 90, la donne a quelque peu changé et le monde avec. Aujourd’hui, les rapports de force mondiaux ont été complètement chamboulés, avec évidemment l’émergence de la Chine qui se positionne parmi les cinq premières puissances au monde en termes de développement économique. Toutefois, même si la Chine s’est lancée à corps perdu dans le libéralisme, ces dirigeants n’en n’ont pas pour autant oublié les anciennes pratiques héritées du temps du communisme pur et dur.

Soucieux de soutenir toujours plus sa croissance, la Chine a également besoin d’alimenter sa machine de production toujours plus gourmande en énergie, et c’est là que le bas blesse. Les événements du Darfour en sont le triste exemple, car la Chine est très peu regardante quand il s’agit pour elle de s’accaparer les matières premières des pays qu’elle convoite. Ceux qui ne veulent pas de l’ingérence peuvent aller se rhabiller tout de suite, car la Chine a pour habitude de se servir elle-même, en fournissant le personnel et en contrôlant tout de A à Z. Quelques informations supplémentaires disponibles librement sur Internet, finiront par convaincre les plus sceptiques.

C’est pourquoi nous tenons véritablement à tirer la sonnette d’alarme face au projet de Marc Ravalomanana. S’il lui prend l’envie soudaine d’aller quémander de l’argent en Chine, il aurait pu le faire alors qu’il était encore dans le privé, mais aujourd’hui il a, semble-t-il, la responsabilité de tout un pays. Et à ce propos, engager l’avenir de tout un pays et de tout un peuple est différent d’engager l’avenir d’une entreprise privée.

De plus, il peut pleuvoir tout l’or du monde sur Madagascar, cela n’empêchera pas le pays de continuer à sombrer dans la misère, car tant que les dirigeants actuels Marc Ravalomanana en tête, continueront dans la voie de l’incompétence, de la médiocrité et de l’exclusion, du développement tant souhaité, on en retiendra que le slogan.

Le premier mandat de Marc Ravalomanana en est la preuve patente, car jamais il n’a été question de publier des données essentielles comme le taux de croissance, le taux de chômage et tout ce qui permet de mesurer le dynamisme réel d’un pays. Si ça avait été le cas, ces chiffres ne reflètent aucunement la réalité, tout comme les discours et les promesses rabâchées à longueur de journée qui n’arrivent à convaincre que leurs auteurs.

Tout cela nous fait dire que la seule solution, ce n’est pas toujours plus d’endettement et peu importe le pays ou l’organisme qui en fera le crédit, car pour reprendre la métaphore de la « voiture Madagascar » associée à une affirmation de Marc Ravalomanana : « Le problème ce n’est pas l’argent, il y en a à ne pas savoir quoi en faire », ce à quoi nous rajoutons, le vrai problème ce ne sont pas les Bailleurs de Fonds ni l’argent, c’est définitivement celui qui tient le volant et qui veut mener Madagascar sur la route de l’improvisation et du chaos.

Morjane B.

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