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La Banque Mondiale finance la pauvreté à Madagascar ! Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par Edouard Mavitriky   
12-04-2007
Qui dit mieux ? 140 Millions pour certains, 170 Millions de dollars par an pour financer le MAP disent les autres. Avec des joues bouffantes, le chef d’État Marc Ravalomanana sourit grassement devant ces aides octroyées, allègrement, par la Banque Mondiale, la plus grande instance de développement au monde, au projet qu’il a lui-même conçu (sic).

En effet, selon un communiqué de la Banque Mondiale, celle-ci indique qu’elle appuie financièrement « l’ambitieuse transformation du pays » d’un montant de 140 millions de dollars d’allocation annuelle indicative au titre de la Stratégie d’Appui Pays (SAP) et auquel s’ajoute un autre financement d’un montant de 30 millions de dollars au titre de l’allègement des dettes annuel de l’IDA. L’objectif étant de favoriser l’investissement et d’améliorer les services publics.

La nouvelle a fait la « une » de nombreuses rédaction vantant, au passage, l’exploit du petit laitier devenu maintenant un grand homme respecté par les grandes instances internationales. Les « hourra » interminables des membres du gouvernement perturbent la convalescence de l’opinion, encore endeuillée par la tricherie lamentable ayant permis au OUI de gagner lors du récent référendum sur un projet constitutionnel pourtant rejeté en bloc par la population malgache.

Ceci confirme les inquiétudes de bons nombres d’observateurs comme celui qui s’est exprimé très récemment dans nos colonnes, l’économiste Max Rubendtrop : « Pour le cas de Madagascar, la situation est encore plus grave puisque l’état de dépendance du pays vis-à-vis des bailleurs de fonds, plutôt que subit, est, paradoxalement, voulu par les dirigeants eux-mêmes ».
Il est donc fort regrettable pour le pays, que le régime de Marc Ravalomanana fasse, sans aucun doute, partie de ceux qui confondent le « développement » avec les « aides au développement » émanant des bailleurs de fonds. Car ce mélange des genres démontre, à lui seul, la pauvreté d’esprit qui anime ceux qui nous gouvernent et, par conséquent, hypothèquent dangereusement l’avenir même de notre pays.

Il est à noter qu’une partie de cette somme sera confiée au non moins « fumeux » EDBM (Economic developpement board of Madagascar), organisme ayant comme objectif principal la facilitation et la promotion des investissements à Madagascar. Et fait encore plus marquant (sinon plus inquiétant), cet organisme est directement rattaché à la présidence de la République, autrement dit, les manettes sont directement dans les mains du chef de l’État, accessoirement PDG de la plus grande société à Madagascar, TIKO.
L’EDBM devrait, donc, être une structure qui oeuvrerait à la suppression de toutes les entraves aux investissements à Madagascar et il regroupe, officiellement, le secteur privé et l’administration publique.

Malgré tous les saupoudrages médiatiques liés à ces financements, il s’avère évident d’attester que lesdits financements, plutôt que d’apporter un réel développement pour Madagascar à travers une vraie relance des investissements, ne seront, en fin de compte, que des financements de la pauvreté à Madagascar.

Pour appuyer cet argument, on peut reprendre ce qu’affirmaient Damien Millet et Eric Toussaint, dans le monde diplomatique : « La démarche de la Banque Mondiale, et plus généralement les mesures prises par l’ensemble des créanciers, ne sont que des leurres permettant de détourner l’attention de l’opinion publique sur les réalités. Les aides qu’ils octroient sont des aides génératrices de « dettes ». Les remboursements qu’elles engendrent provoqueront une hémorragie de capitaux pour les pays du Sud au profit de riches créanciers. Ces aides vont ravager des régions entières, et répandront la misère et la corruption…
L’imposture vient du fait que les créances annulées sont des vieilles créances douteuses. Leur annulation (par exemple ici sur l’allègement des dettes sur IDA, ndrl) n’est qu’une opération d’assainissement des comptes de la part des pays qui en profitent doublement sur le plan médiatique, puisqu’ils peuvent annoncer haut et fort des allègements de dette, avant de proclamer une hausse de leur aide au développement, alors qu’il ne s’agit que de la même opération financière ».

Effectivement, l’efficacité de l’EDBM est douteux à plusieurs titres : D’abord, pourquoi choisir une dénomination anglo-saxonne alors que seul 0,01 % de la population malgache est capable de prononcer et de comprendre l’anglais. Est-ce là une volonté manifeste d’exclure tout un pan de la société, alors que, logiquement, tout investissement doit émaner de la volonté de tous les citoyens malgaches, premiers investisseurs potentiels sur le plan national.
De plus, les organismes du secteur privé qui composent avec les membres de l’administration publique l’EDBM, font exclusivement parti des élites nationales qui représentent une portion microscopique de la société, réduisant du coup l’effet recherché par les désirs de développement qui obligatoirement devraient englober toutes les couches sociales, par notamment la mise en avant des petites et moyennes entreprises considérées à juste titre comme le fer-de-lance de lance du progrès.

Ensuite, le fait qu’il soit rattaché directement à la présidence est, en soi, anti-développement puisqu’on sait que le chef de l’État, et les entreprises qui lui appartiennent, constituent, de fait, une raison autobloquante à tout autre investissement pouvant concurrencer les activités de celles-ci.

En outre, le fait que le gouvernement compte sur les « aides anthropophages » des bailleurs de fonds plutôt que sur le dynamisme réel des activités nationales pour amorcer un plan de développement inquiète, car le communiqué de la Banque Mondiale affirme, entre autres, qu’elle voudrait être « un catalyseur pour attirer un soutien extérieur renforcé pour Madagascar et améliorer l’efficience dans l’usage des ressources intérieures et de celles des bailleurs de fonds ».

Deux affirmations complètement irréalistes eu égard à la situation sociopolitique et économique qui prévaut actuellement à Madagascar : Premièrement, la Banque Mondiale aurait dû être consciente que le vrai « catalyseur » pour attirer un soutien extérieur ne relève pas de ses activités, mais de l’état de « l’environnement économique favorable ou non aux investissements » constaté dans le pays.
En effet, si depuis plus de 5ans, le régime n’arrive pas à attirer les investisseurs étrangers à Madagascar, ce n’est pas à cause de l’absence des efforts entamés par les pays créanciers, mais plutôt à cause des vicissitudes notoires qui minent le système économique malgache. Les premiers responsables de cet état de fait sont l’omniprésence et l’appétit gargantuesque des entreprises appartenant au chef de l’État.
On peut également noter la dépendance absolue du système judiciaire vis-à-vis du pouvoir exécutif qui pérennise l’état d’arbitraire subit par les concurrents directs et potentiels du chef de l’État et de l’impunité dont lui et ses sbires bénéficient. Tous ces fais concourent à l’absence d’investissements étrangers, qui ne veulent pas courir à leur perte en mettant les pieds à Madagascar.

Deuxièmement, la Banque Mondiale devrait également s’interroger sur le fait que Madagascar, en l’occurrence le régime actuel, n’a jamais daigné inclure dans sa stratégie économique la prise en compte sinon la nécessité d’intégrer les forces issues de la diaspora malgache dans le développement du pays. Comment croit-il pouvoir attirer des investisseurs étrangers dans le mépris des investissements nationaux et des nationaux ?

Mais, alors, pourquoi diriez-vous que la Banque Mondiale appuie le régime dans la concrétisation du MAP si ce n’est parce qu’elle trouve que le régime actuel a accompli les conditions (notamment la bonne gouvernance) qu’elle impose, habituellement à tout pays quémandeur ?

La réponse claire peut être illustrée dans les liens qu’a, souvent, la Banque Mondiale avec les dictateurs des pays du Sud, car il ne faut pas se leurrer : l’objectif des créanciers est toujours d’ordre financier et rarement, sinon jamais, social ni humain.

Le lien existant entre la dictature de Suharto en Indonésie et la Banque Mondiale aussi bien les conséquences de cette relation, après la crise financière asiatique et relaté par Jeffrey Winters nous apporte des éclaircissements : « La crise (financière asiatique, ndrl) a mis à mal le but de la Banque Mondiale de promouvoir la Bonne Gouvernance. Ce but fortement proclamé était contredit par les révélations sur les relations de la Banque Mondiale avec le régime de Suharto. Considérée comme un pays de « concentration », pour la Banque, quelque 30 milliards de dollars ont été acheminés vers la dictature indonésienne au cours d’une période de 30ans. La Banque a accepté des statistiques fausses, connaissait et a toléré le fait que 30 % de chaque dollar de l’aide qu’elle accorda au régime était siphonné par des corrupteurs, légitimait la dictature en la présentant comme modèle pour d’autres pays, et se satisfaisait de l’état des droits humains et du contrôle monopolistique sur l’économie par la clique de Suharto. La perte du pouvoir de Suharto suite aux évènements tumultueux de 1998 et 1999 a été parallèle à la perte de crédibilité de la rhétorique de la Banque Mondiale au sujet de la « bonne gouvernance »…

D’autres exemples encore ont été rapportés comme la constation de nouvelles corruptions et négligences dans les projets d’infrastructure (projets hydrauliques des plateaux du Lesotho et le barrage des chutes de Bujugali en Ouganda) financés par la Banque Mondiale, dans laquelle affaire, la Banque Mondiale au lieu d’encourager un processus légal national et public dans les enquêtes menées par les autorités, a fait sa propre enquête secrète sur trois compagnies accusées de payer des pots-de-vin et a conclu qu’il n’y avait pas assez de preuves pour les accuser de corruption, etc.

Des preuves fusent quant à l’implication de la Banque mondiale dans le soutien et le maintien des dictatures dans les pays du Sud, et c’est malheureusement ce qui se produit, actuellement, à Madagascar.

Donc plutôt que de s’auto satisfaire de l’obtention de ces crédits internationaux, le peuple malgache devrait adopter une attitude plus critique et plus exigeante envers ces dons vampire et lutter contre cette nouvelle forme de financement de la pauvreté nationale.

Pour conclure, nous affirmons, à l’instar du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde, que : « Au rythme actuel, Madagascar, voire le reste de la Communauté internationale, n’atteindra pas les Objectifs du millénaire pour le développement d’ici à 2015. La Banque Mondiale porte une large part de responsabilité dans cet échec. La Banque Mondiale a imposé un modèle de développement qui a mené de nombreux pays dans une impasse. Elle a compromis la capacité des pays à déterminer leurs propres stratégies de développement et contribué, dans bien des cas, notamment à Madagascar, à l’aggravation de la pauvreté et à la dégradation de l’environnement dans les pays les plus pauvres du monde ».


Edouard Mavitriky

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