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Face à face à l'Assemblée nationale Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par Tale K.   
03-06-2007

Face à face à l’Assemblée nationale : Un chef de gouvernement qui avoue son incompétence et qui n’a pas de solution !

La session consacrée aux « questions/réponses » entre le gouvernement et les députés, a débuté le jeudi 30 mai au palais de Tsimbazaza. Pour le moins que l’on puisse dire, ce fut l’occasion de mettre à l’épreuve les véritables capacités du Premier ministre, chef du gouvernement et accessoirement ministre de l’intérieur.

Comme il fallait s’y attendre, les députés comme les représentants du gouvernement s’en sont donné à cœur joie dans la platitude et à bien des égards, également dans la médiocrité.

Cet exercice est pourtant essentiel à la bonne marche de la démocratie, cependant, quand ceux qui s’y consacrent, cultivent également l’art de l’esquive ou tout simplement, celui de ne pas répondre aux questions qu’on leur pose, cela devient une tragicomédie de mauvais goût dont, hélas, ceux des Malgaches qui s’y intéressent encore ou y ont simplement accès, commencent à se lasser sérieusement.

Pour illustrer la médiocrité des débats, nous allons mettre en exergue deux sujets auxquels les administrés tiennent particulièrement à cœur, et pour cause, puisque pour l’un, cela concerne directement la qualité de leur vie quotidienne et pour l’autre, il s’agit de l’acte auquel toute démocratie, digne de ce nom, doit se soumettre dans la plus grande légalité et la plus grande transparence.

Commençons par la sécurité, sous-entendu, la sécurité des personnes et des biens.

Les députés ont soulevé plusieurs questions relatives à la situation d’insécurité grandissante, constatée sur la totalité du territoire. Une situation qui touche le citoyen lambda, mais également les étrangers de passage comme les touristes ou bien encore les investisseurs potentiels qui prospectent et se rendent compte de l’instabilité chronique qui agite Madagascar. À titre d’exemple on peut citer les violences perpétrées contre les étudiants et plus généralement contre toutes manifestations aussi pacifiques soient-elles. On peut également citer les multiples cambriolages, les vols avec violence que ce soit dans les grandes villes ou dans les campagnes.

À ces inquiétudes légitimes, le Chef du gouvernement et ministre de l’intérieur, donc garant de l’ordre et de la stabilité, n’a rien trouvé d’autre que de rétorquer ce qui suit : « Chaque citoyen est responsable du maintien de l’ordre. » On croit rêver face à tant de désinvolture. Soit M. Charles RABEMANANJARA est dépassé par la situation, soit il n’est définitivement pas à la hauteur des tâches qui lui incombe en tant que ministre à double casquette. Il semble également que son grade de Général, au sein de l’armée, ne lui soit d’aucun secours pour les responsabilités qui sont les siennes au sein du gouvernement.

L’homme ne se dégonfle pourtant pas et nous en remet une couche s’agissant du second sujet dont la teneur n’est autre que la révision du code électorale.

En réponse aux interpellations des députés s’agissant des deux dernières consultations populaires et, en préambule à une succession de réponses toutes aussi à côté de la plaque les unes que les autres, notre Général propulsé Chef du gouvernement affirme que : « Le ministère de l’Intérieur - dont il a la charge - ne peut pas relever les deux institutions (la Haute Cour Constitutionnelle et le Conseil National Électoral) de leurs fonctions, mais nous pouvons assurer que les fraudes ne sont plus possibles auprès des CRMV (comité de Recensement des Matériels de Vote), ndlr. »

Par cette première affirmation, le Premier ministre espère donc se dédouaner des forts soupçons de fraudes ayant entaché les deux élections récentes. Toutefois, il semble oublier que c’est au sein même de son ministère, au moment du dépouillement et de la comptabilisation des voix exprimées, que l’on a constaté les pires irrégularités. En effet, et pour rappel, lors du décompte des voix pour l’élection présidentielle de décembre 2006, les ordinateurs du ministère de l’intérieur étaient subitement tombés en panne. Après quelques heures de black out, les machines ont redémarré et oh surprise, le candidat Marc Ravalomanana se retrouvait par miracle au-dessus des 50 % nécessaires à sa réélection dès le premier tour.

Non content de ce premier tour de passe-passe grossier, les agents du ministère de l’intérieur - sous la responsabilité directe de M. Charles RABEMANANJARA - remettent ça quelques semaines plus tard, lors du très controversé référendum constitutionnel. De nouveau les ordinateurs tombent en panne - sans évidemment que l’on sache pourquoi -et au redémarrage, le score du OUI se trouve propulsé par enchantement, à des sommets dignes des élections sous l’ère soviétique.

Ces manipulations sont tellement lamentables qu’il est inutile d’en rajouter sur ce sujet.

À la question concernant une autre forme de violation des lois, celle interdisant les fonctionnaires et notamment les autorités administratives de faire campagne en faveur du régime, le Général Charles RABEMANAJARA rétorque que : « Les chefs de districts ne faisaient qu’informer le peuple et ne faisaient pas de propagande. » Comme si donc faire de la propagande, ne consiste pas à informer et plus précisément d’appeler à voter pour le ou les candidats du régime ou encore ses projets s’agissant du référendum.

D’ailleurs si informer était si nécessaire, n’aurait-on pas dû le faire bien avant la période réservée à la propagande ? Cela aurait été une façon honnête et claire de ne pas faire du prosélytisme en faveur du régime.

Pour finir, le député Brun Ly interpelle une dernière fois le Premier ministre et lui demande en tant que ministre de l’intérieur à quand un amendement au Code électoral, qui comme tout le monde le sait, est la source de toutes les fraudes constatées à chaque élection. Là-dessus et prenant son meilleur profil, le Premier ministre botte une fois de plus en touche et assène : « Son institution ne fait qu’exécuter (les textes), et qu’il n’a pas le pouvoir de l’amender ni de le changer. » On ne sait s’il le fait exprès, ou bien ses carences sont vraiment réelles, mais par mansuétude on voudrait juste lui rappeler ce qu’en dit l’article 64 alinéa 4 de la Nouvelle Constitution : « Le Premier ministre, chef du gouvernement a l’initiative des lois. » Le rôle de l’exécution ne vient qu’après à l’alinéa 5 : « Le Premier ministre, chef du gouvernement, assure l’exécution des lois. »

Bref, l’on a assisté là à toute la complexité du problème Malgache. À la tête du pays sont placés des hommes et des femmes dont la médiocrité n’a d’égale que leur arrogance. Même encadrés par la Constitution, dont ils ont d’ailleurs été les auteurs, ils trouvent encore le moyen d’en violer les textes. S’agissant des lois, il semblerait que ce soient des notions qui ne rentrent pas en ligne de compte une fois que l’on est installé au pouvoir.

Une fois de plus, on ne peut que souhaiter un changement radical à la tête du Pays, que tous ces « ersatz » de dirigeants prennent définitivement leur retraite et qu’ils arrêtent au plus vite de jeter le discrédit sur une Nation qui aurait réellement besoin d’évoluer.

Tale K.

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